Cross Asset : En transition géopolitique et monétaire
Au supermarché, j’ai croisé une personne qui achetait un coffret « Scorpio ». S’il est de votre famille, je suis profondément désolé.
La semaine a été dominée par un double mouvement de fond : d’un côté, une recomposition géopolitique potentiellement majeure autour du conflit ukrainien, de l’autre, une phase de recalibrage des anticipations monétaires dans les principales économies développées.
Les marchés actions américains ont traversé la semaine avec une volatilité élevée et une performance relative décevante, malgré un rebond technique en fin de période. Les interrogations persistantes sur la soutenabilité des valorisations liées à l’intelligence artificielle ont continué de peser sur le secteur technologique, illustrées par la forte dispersion des performances entre fournisseurs de matériel (Micron) et acteurs des infrastructures ou du cloud (Oracle).
Si la publication d’un CPI américain inférieur aux attentes a temporairement soutenu le S&P 500 et le Nasdaq, la fiabilité partielle des données, perturbées par le shutdown, et des anticipations de baisse de taux jugées excessivement optimistes ont limité l’ampleur du mouvement.
Les marchés européens ont affiché une meilleure tenue relative, portés par les valeurs bancaires, les secteurs cycliques et une lecture plus équilibrée du cycle macroéconomique. Le Stoxx Europe 600 termine la semaine en territoire positif, soutenu par une détente progressive des spreads souverains et par l’idée que la BCE se situe désormais dans une phase de stabilisation durable de sa politique monétaire. La hausse annoncée des émissions allemandes pour 2026 n’a pas provoqué de stress marqué, traduisant une absorption fluide par le marché.
Sur le crédit, la semaine se caractérise par un resserrement modéré des Spread, mais une dynamique cash atone, pénalisée par une liquidité de fin d’année réduite et une prudence généralisée des investisseurs, notamment sur l’Investment Grade.
Enfin sur le front des matières premières, le pétrole a connu une volatilité extrême, d’abord violemment pénalisé par l’intégration d’un scénario de paix en Ukraine, avant de rebondir sous l’effet de nouvelles tensions géopolitiques (Venezuela). L’or, de son côté, demeure proche de ses sommets historiques, soutenu par les incertitudes géopolitiques, le ralentissement désinflationniste et la perspective d’un assouplissement monétaire différencié selon les zones.
Change : Le choc japonais.
D’après l’avancement de mon calendrier de l’Avent, Noël est déjà passé depuis une quinzaines jours… je vous souhaite donc une très belle année 2026 !
Le dollar termine la semaine sans tendance directionnelle marquée, mais clairement affaibli structurellement par des données américaines suggérant un ralentissement du marché du travail et par une inflation sous-jacente désormais proche de la cible de la Fed.
L’euro évolue dans une zone de consolidation élevée, proche de ses plus hauts trimestriels face au billet vert. La BCE, en maintenant ses taux inchangés et a conforté l’idée d’une divergence durable avec la Fed.
Le yen a constitué l’élément le plus marquant de la semaine. La hausse de 25 pb du taux directeur par la Banque du Japon n’a paradoxalement pas soutenu la devise, le marché se concentrant sur le caractère encore très accommodant de la politique monétaire japonaise. L’USD/JPY s’installe durablement au-dessus de 157, signalant que la transition du Japon vers un régime monétaire plus orthodoxe sera longue, heurtée et fortement dépendante de l’ancrage des anticipations inflationnistes.
La livre sterling reste sous pression tout au long de la semaine. La baisse du taux directeur de la Bank of England, combinée à des données d’inflation, renforce le scénario d’un assouplissement graduel mais prolongé, pesant sur la devise, notamment contre l’euro.
Du côté des devises liées aux matières premières, le dollar australien est soutenu par la stabilisation des anticipations d’inflation domestiques et par la résilience du secteur minier.
Le dollar canadien reste pénalisé par la volatilité des prix du pétrole, avec un biais légèrement négatif face au billet vert.
La couronne norvégienne est également freinée par l’incertitude entourant l’évolution des prix de l’énergie et par le biais accommodant de la Norges Bank, malgré des fondamentaux structurellement solides à long terme.
Du côté des devises émergentes, la baisse du taux directeur à 7 % limite l’attrait du carry, maintenant le peso mexicain dans une zone de volatilité contenue. La roupie indienne fait preuve de résilience malgré un environnement dollar encore incertain, soutenue par des interventions actives de la RBI. Enfin, le won coréen bénéficie d’un soutien institutionnel lié à la plus grande flexibilité de la couverture de change du fonds de pension national.
Taux : Divergence des cycles
Opération escargot en soutien à nos agriculteurs : à la bourguignonne, au beurre persillé, au beurre de noix, à la catalane… J’en suis déjà à ma huitième douzaine et, en fait, je n’aime pas trop ça !
Aux États-Unis, les rendements souverains évoluent dans une fourchette étroite, le 10 ans oscillant autour de 4,15–4,20 %. Les données d’inflation plus faibles que prévu confortent l’idée que le pic des taux est derrière nous, mais l’incertitude sur la qualité des statistiques et les débats internes à la Fed limitent toute détente franche de la partie longue.
En zone euro, les rendements ont d’abord bénéficié d’un mouvement de détente, avant de se tendre en fin de semaine sous l’effet de facteurs techniques et d’annonces d’émissions souveraines. Les spreads restent globalement contenus, avec un OAT-Bund autour de 70–72 pb, reflet d’un équilibre fragile entre discipline budgétaire attendue et incertitudes politiques persistantes. Le message de la BCE est resté cohérent : pas de nouvelles hausses, mais aucune urgence à assouplir davantage. La courbe de swaps a d’abord montré un aplatissement, reflet d’un positionnement défensif avant la BCE, avant de se re-pentifier en fin de semaine. Les swaps courts (1–3 ans) intègrent un statu quo prolongé des taux directeurs, tandis que la partie longue reste sensible aux annonces d’émissions souveraines et aux anticipations d’inflation à moyen terme.
L’écartement progressif des asset swaps traduit une demande accrue de liquidité et une aversion au risque encore présente en fin d’année.
Le Royaume-Uni a connu une volatilité plus marquée, les Gilts réagissant fortement aux données d’inflation et à la décision de la BoE. La trajectoire anticipée reste celle d’un cycle d’assouplissement progressif, avec un taux terminal autour de 3,25 %, mais la division du comité de politique monétaire entretient une prime d’incertitude.
Enfin, le Japon s’impose comme le nouveau facteur de perturbation global. La hausse du taux directeur et la remontée rapide des rendements japonais, avec un 10 ans proche de 2 %, commencent à éroder le rôle du Japon comme ancre de taux bas mondiale. Cette dynamique exerce une pression haussière indirecte sur les rendements internationaux et pourrait, à terme, redéfinir les flux globaux de capitaux.
Bonne semaine à tous






