Cross Asset : L’IA boit la tasse
Trump a échoué dans son changement de régime en Iran, mais il a réussi au Texas… Le Texas vote pour retourner au Mexique ! C’est vraiment ce qu’on appelle des élections de mi-mandale !
Wall Street redoutait la vague bleue : elle a bien déferlé, mais c’est la tech qui s’est fait rouler dedans. Les marchés parient désormais que le nouveau Congrès freinera la construction de data centers, et les valeurs liées à l’IA ont été vendues en masse dans le monde entier. En Europe, la technologie et l’énergie finissent loin derrière les autres secteurs du Stoxx 600. L’immobilier, la consommation discrétionnaire et les matériaux profitent à la fois de la baisse des taux et d’une facture énergétique allégée. L’Europe est devenue le spot le plus recherché par ceux qui veulent quitter la vague IA. Outre-Atlantique, le Nasdaq entraîne le S&P 500, le Dow Jones limite la baisse, et la santé est vue comme la grande gagnante du scrutin.
Ailleurs dans le monde, les actions des pays exportateurs de semi-conducteurs chutent alors que les pays importateurs de pétrole profitent au contraire de la baisse du baril.
Le crédit européen se resserre pour la deuxième semaine consécutive. L’iTraxx Main recule, le Crossover également, mais ce dernier reste au-dessus des 300 pb, sans parvenir à passer la barre. Les financières seniors et subordonnées suivent le mouvement. Sur le marché primaire, environ 50 milliards d’euros ont été émis, un record hebdomadaire pour 2026, portés par les géants américains du cloud qui financent leurs investissements en IA.
Le Brent a perdu 17,05 % à 97,61 dollars et repasse sous les 100 dollars pour la première fois depuis le début de la guerre. Le gaz TTF chute de 17,46 % après un pic à 103,86 euros. La cause avancée est un avancement des négociations entre Washington et Téhéran sur Ormuz, mais les informations restent contradictoires, et le rebond pourrait être aussi brutal que la baisse.
L’or regagne 4,64 % à 4 054,57 dollars l’once : la pression des taux réels se relâche, mais la prime de guerre est toujours là. Le blé recule modérément, les perturbations en mer Noire n’ayant pas disparu.
Change : La couronne norvégienne au creux de la vague
Est-ce que les CRS participent à Novembre, le mois sans tabasse ? Il aurait quand même été plus simple de faire quelques travaux et de remettre du papier toilette dans les lycées, non ?
La chute de l’énergie a dicté la semaine sur le change. Le dollar termine sans direction claire : il progresse nettement contre les devises liées aux matières premières mais s’efface face au franc suisse.
La couronne norvégienne, privée de sa planche pétrolière, est la grande perdante du G10. Le dollar australien suit de près, à cause de la baisse des matières premières et du repli des marchés asiatiques.
L’euro termine quasiment inchangé à 1,1149 (-0,10 %) : la baisse de l’énergie et l’appétit pour le risque ont compensé le passage du dollar en valeur refuge quand la tech a chuté.
La livre sterling recule légèrement malgré la hausse de taux de la BoE, parce qu’un baril moins cher affaiblit le principal argument des partisans du resserrement.
Le franc suisse reste le port d’attache préféré des investisseurs prudents, soutenu à la fois par la demande de refuge liée à la crise française et par la baisse du risque inflationniste.
Le yen continue de ramer au large pour la cinquième semaine consécutive sans jamais attraper la vague : le marché ne croit toujours pas aux signaux de Kazuo Ueda, malgré le statu quo musclé de la BoJ la semaine dernière.
Sur les émergents, la baisse du pétrole bouscule l’ordre qui prévalait depuis le début de la guerre. Jusqu’ici, les devises des exportateurs de technologie (won coréen, dollar taïwanais) surperformaient celles des importateurs de pétrole (roupie indienne, peso philippin, roupie indonésienne). Si le baril reste à ce niveau, cet écart pourrait s’inverser durablement. Le réal brésilien, lui, dépend toujours des annonces budgétaires attendues de l’équipe Lula.
Taux : L’OAT reprend pied
Est-ce que les Américains restent aussi éveillés toute la nuit pendant nos législatives pour savoir qui sera le prochain député de la Creuse ?
Tous les emprunts d’État européens ont surfé la vague cette semaine. La chute de l’énergie a fait baisser les anticipations d’inflation, et la victoire démocrate a d’abord poussé les investisseurs vers les dettes périphériques. Le Bund a ensuite joué deux rôles à la fois : il profite de la baisse de l’énergie, et il a servi de refuge jeudi, quand la tech a dévissé. Le 10 ans allemand perd 6,8 pb à 3,254 %, son plus bas depuis début septembre, et le 2 ans recule de 5,0 pb à 2,992 %. La courbe allemande s’aplatit donc légèrement par le bas, ce qu’on appelle un bull flattening.
La France signe la meilleure performance européenne et réussit enfin son take-off : l’OAT 10 ans perd 21,4 pb à 4,758 %, trois fois plus que le Bund, et l’écart OAT-Bund se resserre à 150,4 pb. C’est la première vraie détente depuis le début de la crise française, même si l’écart reste à son plus haut depuis 2011.
Côté BCE, les paris de hausse ont été réduits d’environ 5 pb. Le marché anticipe désormais 22 pb de hausse en décembre et 61 pb d’ici fin 2027. La succession de Christine Lagarde ajoute un enjeu : Klaas Knot, le plus faucon des deux candidats, est en concurrence avec Pablo Hernández de Cos, plus centriste.
Sur la courbe des swaps, la pente reste positive sur toutes les maturités : le 30 ans repasse au-dessus du 10 ans, alors que la courbe était légèrement inversée sur ce segment les semaines précédentes.
Aux États-Unis, les membres de la Fed gardent un ton dur. Beth Hammack (Cleveland) juge qu’il faut encore resserrer la politique monétaire, et qu’il vaut mieux le faire progressivement. Alberto Musalem (Saint-Louis) estime que la construction des infrastructures d’IA alimente l’inflation à court terme, en plus des chocs d’offre venus du Moyen-Orient.
La semaine prochaine, il faudra suivre l’Eurogroupe de lundi, les nouvelles d’Ormuz et les chiffres britanniques d’inflation et d’emploi avant la réunion de décembre de la BoE.
Bonne semaine à tous






