Cross Asset : L’Europe respire, Rio expire
Bolsonaro réfugié politique à Mar-a-Lago : décidément, les temps changent… Au milieu du siècle dernier, ce type de profil fuyait vers l’Amérique du Sud. Aujourd’hui, c’est l’inverse !
Le statu quo de la BCE et la perspective d’un changement de présidence ont dégonflé la prime de choc de taux qui pesait sur les actions européennes, et le Vieux Continent a enfin retrouvé le rythme. Le Stoxx 600 signe sa meilleure semaine depuis mi-octobre et le CAC 40, fait son retour sur la piste avec sa première vraie hausse en sept semaines à la faveur de la détente des OAT. Dans la rotation défensive, la santé mène la danse, devant l’industrie et la technologie, alors que l’énergie rate son entrée malgré un Brent record et que la consommation de base fait du sur-place.
Outre-Atlantique, l’IA a enchaîné les faux pas et le doute sur sa rentabilité s’est mué en vente forcée. Alphabet a trébuché après des ventes décevantes, Amazon a révélé un flux de trésorerie disponible négatif et Intel s’est étalé de tout son long vendredi (-28,6 %), sa pire séance en plus de quarante ans, plombé par des perspectives décevantes pour le quatrième trimestre. Ni la croissance américaine du troisième trimestre (+3,4 % en rythme annualisé) ni un PCE sous-jacent à 3,1 % n’ont changé la donne.
Le Brésil, lui, a enterré en une séance des mois de paris sur Flávio Bolsonaro, battu par Lula avec 51,8 % des voix. L’Ibovespa signe la pire semaine de son histoire (-17,86 %),
Sur le crédit, l’iTraxx esquisse enfin quelques pas dans le bon sens, avec sa première semaine de resserrement en cinq semaines. Le Crossover reflue tout en restant bien au-dessus du seuil des 300 pb, et le Main comme les Subordonnées financières se détendent également. Le marché primaire a absorbé 24,16 milliards d’euros. À noter enfin, l’écart de spread entre les meilleures et les pires signatures du high yield européen n’a jamais été aussi large depuis 2009.
Le Brent gagne 1,5 %, nouveau plus haut depuis le début de la guerre, les flux dans le détroit d’Ormuz restant inférieurs à leur niveau d’avant-conflit malgré la libération de 100 millions de barils de réserves par le G7. Le Gaz européen TTF franchit les 100 euros pour la première fois depuis le début du conflit.
L’or cède 2,85 % à 3 882 dollars l’once, sa prime de guerre continuant de se dégonfler, bien loin des 4 500 dollars frôlés fin août.
Change : Le réal en deuil, la couronne en or noir
Pourquoi fêter l'américaine Halloween, alors que nous avons déjà en France une célébration de l'horreur et du mauvais goût qui s'appelle le Beaujolais nouveau!
Le dollar termine la semaine en ordre dispersé, à contretemps selon les partenaires, plus ferme face à l’euro et aux dollars océaniens mais en repli face aux devises adossées aux matières premières. Le statu quo de la Fed a été entendu plus accommodant qu’annoncé, avec des taux réels en baisse et des points morts d’inflation en hausse après la décision, et le billet vert devra encore franchir l’obstacle des élections de mi-mandat de mardi.
L’euro recule, le départ anticipé de Christine Lagarde ajoutant une incertitude institutionnelle que le statu quo, largement anticipé, ne pouvait compenser.
Le yen s’apprécie modestement pour un dollar après une BoJ qui a jugé l’inflation sous-jacente arrivée à 2 % pour la première fois depuis la fixation de sa cible en 2013
La livre sterling progresse de 0,10 % dans le sillage d’un budget sans surprise salué par le marché, et le franc suisse s’apprécie, toujours porté par la demande refuge liée à la crise française.
Les devises de matières premières ont dominé le G10 : la couronne norvégienne signe la meilleure performance, suivie de la couronne suédoise et du dollar. Le dollar néo-zélandais ferme la marche sous l’effet de l’aversion au risque et du dénouement du trade IA, tandis que le dollar australien reste stable.
Chez les émergents, le réal brésilien a chuté jusqu’à 11 % lundi, son plus fort repli en plus de vingt ans. Bolsonaro a fini par concéder la défaite après que Donald Trump a laissé entendre qu’il n’interviendrait pas.
Hors Brésil, le rebond des actions coréennes et indiennes suggère une stabilisation des flux émergents.
Taux : Farewell
Je ne vois pas bien où se situe le problème démographique : dans les années 1990, la grande majorité des gens étaient plus âgés que moi. Aujourd’hui, c’est l’inverse. La France rajeunit, c’est évident !
Tous les rendements souverains européens ont reculé, le statu quo de la BCE et le départ de Christine Lagarde réduisant l’incertitude de court terme sur le resserrement. Le Bund 10 ans cède 3 pb, pendant que la France rattrape une partie du terrain perdu, l’écart OAT-Bund revenant à 164,9 pb contre 168,7 pb la semaine dernière, un niveau qui reste inédit depuis 2011. Jeudi, pour son avant dernière conférence de presse avant de tirer sa révérence, Christine Lagarde s’est contentée de rappeler que la BCE disposait d’instruments en cas de dysfonctionnement de la transmission monétaire, une allusion au TPI pour la France jugée trop timide par un marché qui espérait plus .
La BCE a maintenu à l’unanimité son taux de dépôt à 2,50 %, et le marché intègre désormais 82,4 % de probabilité d’une hausse de 25 pb le 17 décembre, contre environ 53 % une semaine plus tôt. La courbe €STR s’est aplatie par le bas, signe d’un bull flattening, le marché anticipant un dernier tour de piste avant un assouplissement à moyen terme.
Aux États-Unis, la Fed a maintenu ses taux par 10 voix contre 2. Le vrai changement est structurel : Kevin Warsh réduit le nombre de réunions de huit à six par an et assume l’absence de guidance …faisant craindre aux analystes des mouvements plus violents sur les Treasuries.
La semaine prochaine sera dominée par les élections de mi-mandat de mardi, où les démocrates pourraient reprendre au moins une chambre du Congrès, et par le casting pour la succession de Christine Lagarde
Bonne semaine à tous






