Cross Asset : Et la santé surtout…
8 h de panne du réseau Orange cette semaine : j’annonce que mon ado ferait définitivement une piètre survivaliste.
La crise française a donné le ton, entraînant les marchés actions européens dans le rouge sans exception. Le Stoxx 600 recule, pénalisé par sa forte pondération bancaire, tandis que le CAC 40 sous-performe l’indice européen pour la sixième semaine consécutive. La rotation défensive atteint une intensité inédite : la santé s’envole, l’immobilier et la consommation progressent, tandis que les matériaux, les financières (exposées à la dette souveraine française) et l’industrie décrochent. Le dégonflement du trade IA s’accélère après la réduction du budget d’investissement 2026 de Tesla. Aux États-Unis, le S&P 500 termine néanmoins à l’équilibre, soutenu par les banques, tandis que le Russell 2000, représentatif des petites capitalisations, profite du repli vers les valeurs domestiques. En Asie, le Hang Seng et le Nikkei, pénalisé par le rebond du yen, signent les pires performances hebdomadaires parmi les grandes places.
Le crédit s’écarte pour la quatrième semaine consécutive. Le Crossover s’envole de plus de 27 points de base, à 341,8 pb, son plus haut niveau depuis mars. Le Main s’élargit également, mais les dettes subordonnées financières souffrent davantage, directement pénalisées par l’exposition des banques à la dette souveraine française. Les spreads du crédit corporate mondial atteignent leur plus haut niveau depuis mai 2025, sans empêcher le marché primaire européen d’absorber 25,1 milliards d’euros d’émissions cette semaine.
Le Brent bondit de 5,7 %, à 116,10 dollars le baril, son plus haut niveau depuis le début de la guerre. Les flux transitant par le détroit d’Ormuz restent inférieurs à leur niveau d’avant le conflit, tandis que le déstockage de 100 millions de barils décidé par le G7 se révèle insuffisant pour contenir les prix. Le gaz TTF s’envole de 7 %, à 93,67 euros/MWh, une mauvaise nouvelle supplémentaire pour les budgets européens, déjà sous tension.
L’or repasse sous les 4 000 dollars l’once : la hausse des taux réels et la fermeté du dollar en début de semaine ont eu raison de la prime de guerre. Le blé corrige, malgré la persistance des perturbations en mer Noire.
Change : Les pétro-devises font le plein
Dimanche j'ai reculé ma montre. Elle est maintenant au niveau de mon coude. Avec l’heure d’hiver, il y a ceux qui gagnent une heure de sommeil et ceux qui perdent une heure à essayer de changer l’heure du four !
L’euro termine lanterne rouge, lesté par la crise politique française, et recule pour la quatrième fois en cinq semaines. La perspective d’une victoire de Marine Le Pen à la présidentielle installe une décote politique durable sur la monnaie unique.
Le dollar s’est d’abord apprécié dans un mouvement de recherche de valeurs refuges, avant de rendre une partie de ses gains jeudi, lorsque le rendement du Treasury à 10 ans est repassé sous les 5 %.
Les devises liées aux matières premières tirent le meilleur parti du baril à 116 dollars. Le dollar australien signe la meilleure performance du G10, devant le dollar canadien, la couronne norvégienne et le dollar néo-zélandais.
Le yen se renforce pour la deuxième semaine consécutive, porté davantage par l’aversion au risque que par un changement de ton de la Banque du Japon.
La livre sterling progresse, soutenue par le discours conditionnellement restrictif de la Banque d’Angleterre. Le franc suisse reste quasi stable face au billet vert, ce qui se traduit par une appréciation face à l’euro. La couronne suédoise, quant à elle, se maintient juste sous le seuil de 10 pour un dollar.
Sur les marchés émergents, toutes les attentions convergent vers le réal brésilien, à la veille du second tour de dimanche entre Lula et Flávio Bolsonaro, arrivé en tête au premier tour et désormais favori. Les actifs brésiliens seront à suivre de près dès lundi !
Les importateurs de pétrole restent les plus exposés au choc énergétique. En Inde, la facture pétrolière menace de creuser le déficit courant, tandis que la Turquie cumule les tensions sur la livre et une inflation domestique persistante.
Taux : L’Italie, nouveau Bund
Je n’ai pas suivi les dernières informations. On a le droit de sortir de chez nous ce matin ou pas ? Mais quel monde allons-nous laisser à l’IA ???
La crise française provoque la plus forte fragmentation des marchés souverains européens depuis 2011-2012. L’OAT à 10 ans bondit de 25 pb, à 5,04 %, tandis que l’écart avec le Bund s’élargit de 31 pb, à 168,7 pb. Le Bund joue pleinement son rôle de valeur refuge : le rendement allemand à 10 ans recule. La contagion reste pour l’heure contenue, l’Italie empruntant désormais près de 45 pb moins cher que la France à 10 ans.
Sur la courbe swap, le mouvement se traduit par un aplatissement haussier (bull flattening), tiré par la partie courte : les taux reculent davantage sur les maturités courtes que sur les maturités longues. La crise française a pratiquement enterré l’hypothèse d’une hausse des taux de la BCE le 29 octobre et ramené à 50 % la probabilité d’un relèvement en décembre, contre 85 % la semaine dernière. La pente 2-10 ans s’établit autour de 21 pb, tandis que le taux à 30 ans repasse sous celui à 10 ans. Cette inversion traduit le retour des anticipations d’assouplissement monétaire à moyen terme. La BCE se retrouve ainsi prise en tenaille entre son mandat de stabilité des prix et les risques pesant sur la stabilité financière.
Outre-Atlantique, la fuite vers la qualité a ramené le rendement du Treasury à 10 ans sous les 5 % jeudi, après deux semaines au-dessus de ce seuil. Une nouvelle hausse de 25 pb reste néanmoins envisageable lors du FOMC du 5 novembre, l’envolée des prix de l’énergie entretenant les pressions inflationnistes.
La semaine prochaine s’annonce chargée. Au programme : le second tour de l’élection présidentielle brésilienne dimanche, la réunion de la BCE jeudi, avec une conférence de presse de Christine Lagarde très attendue sur le TPI, le retour des interventions des membres de la Fed dès lundi et les résultats de Meta et des géants du cloud, qui feront figure de juges de paix pour le trade IA.
Bonne semaine à tous






