Cross Asset : Les actions tiennent la route
Vu le prix des places pour le concert de Céline Dion, elle est apparemment passée par le détroit d’Ormuz ou Bab el-Mandeb pour venir en France !
Les obligations sont parties dans le décor, mais les actions européennes tiennent la route. Le Stoxx 600 progresse de 0,46 % à 638,35 points, dopé par les semi-conducteurs. Le CAC 40 (+0,10 %) roule au ralenti, freiné par une prime de risque politique qui ne se relâche pas.
La rotation a privilégié les valeurs peu sensibles aux taux : technologie, portée par le récit de l’investissement dans l’IA, biens de consommation de base et industrie. À l’inverse, l’automobile, l’immobilier, les matériaux et les services aux collectivités sont rattrapés par la hausse des rendements. Les financières tiennent le cap malgré l’écartement des spreads bancaires, le marché semblant parier sur une amélioration des marges d’intérêt.
Wall Street a pris la même trajectoire : le Nasdaq gagne 1,61 %, alors que le Dow Jones perd 0,36 % et cale sous le poids des taux. Le moral des consommateurs de l’Université du Michigan, tombé vendredi à un plus bas de quatre mois, a coupé l’élan en fin de semaine. En Asie, l’indice coréen signe la meilleure performance mondiale et le Nikkei profite du yen faible, alors que les indices chinois reculent malgré la trêve commerciale.
Le crédit, lui, est entré en surrégime. Le Crossover s’écarte de 37,6 pb à 297,8 pb, l’aiguille frôlant la zone rouge des 300 pb, et le Main de 7 pb à 61,6 pb. Les subordonnées financières et les seniors financières subissent les plus forts écartements. Le marché primaire a pourtant dépassé les 47,75 milliards d’euros, bien au-delà des 40 milliards attendus.
Le Brent gagne 1,67 % à 105,60 dollars malgré un coup de frein vendredi, déclenché par les informations évoquant un accord par étapes entre Américains et Iraniens pour rouvrir Ormuz, négocié en marge de l’Assemblée générale de l’ONU. Le gaz européen, lui, a franchement levé le pied : le TTF signe sa plus forte baisse hebdomadaire depuis juin (-9,79 % à 71,73 euros/MWh), tandis que le blé recule de 3,92 %.
L’or perd 2,51 % à 4 268,79 dollars l’once, pris en étau entre la vigueur du dollar et la hausse des taux réels. La prime de guerre continue, elle aussi, de se dégonfler.
Change : Le dollar en pole position
« Mais puisque je vous dis que je ne peux pas changer l’eau en SP95 sans plomb !!! » Pape Léon XIV
Le billet vert signe une deuxième semaine de hausse, porté par un défilé ininterrompu d’officiels de la Fed, plus agressifs depuis la sortie de la période de silence.
L’euro cède 0,74 % à 1,1401, Philip Lane prévenant que la deuxième vague énergétique fera durer l’inflation, sans que cela rende pour autant automatique une hausse des taux en octobre.
Le yen poursuit sa marche arrière pour la deuxième semaine consécutive, malgré la hausse de la BoJ à 1,25 %, faute d’indications claires de Kazuo Ueda sur la suite.
La livre sterling perd 1,13 % à 1,3243 et sous-performe l’euro, plombée par le statu quo de la BoE et par des inquiétudes budgétaires qui ne se dissipent pas.
Le dollar australien finit lanterne rouge du G10 (-1,46 %), tandis que le dollar néo-zélandais recule de 1,08 % à 0,5660. Les devises pétrolières restent au stand malgré un Brent au-dessus de 105 dollars : le dollar canadien cède environ 1,1 % (USD/CAD à 1,4147) et la couronne norvégienne environ 1 % (USD/NOK à 9,5073).
Le franc suisse lui-même glisse de 0,8 %, preuve que l’aversion au risque n’a profité qu’au seul dollar.
Côté émergents, l’écart entre exportateurs de technologie et importateurs de pétrole s’est encore creusé.
Le won coréen, soutenu par la deuxième hausse consécutive de la Banque de Corée, et le dollar taïwanais tiennent la cadence, quand les roupies indienne et indonésienne et le peso philippin continuent de payer la prime de guerre énergétique.
Le yuan offshore a limité sa baisse grâce à la prolongation de la trêve commerciale annoncée par Scott Bessent à l’arrivée de Xi Jinping à Washington, sa première visite d’État en onze ans.
Le réal brésilien reste suspendu aux sondages d’une présidentielle d’octobre qui oppose Lula à Flávio Bolsonaro.
Taux : En Surrégime ?
J’ai comme l’impression que toutes les chaussettes que je perds dans le lave-linge, se transforment en couvercle de Tupperware qui ne va avec aucun des miens
Aux États-Unis, le 10 ans a pris plus de 20 pb en deux séances avant de reculer de 2 pb vendredi, à 5,18 %, profitant de la détente des prix du pétrole. Le marché intègre désormais environ une hausse pleine de 25 pb sur les deux dernières réunions de l’année.
En zone euro, le Bund 10 ans monte de 10,9 pb à 3,628 %, sa septième semaine de hausse d’affilée, une série inédite depuis 2022. Le 2 ans ne prend que 3,7 pb à 3,317 % et le 30 ans 7,8 pb à 3,919 %, soit une pentification par le haut de la courbe allemande entre 2 et 10 ans, et un léger aplatissement entre 10 et 30 ans.
La France reste la plus exposée : l’OAT 10 ans bondit de 15,7 pb à 4,722 % et le spread OAT-Bund atteint 109,4 pb, contre 104,6 pb une semaine plus tôt, son niveau le plus large depuis la crise de 2012.
Côté BCE, Philip Lane juge que l’inflation restera « plus élevée et plus persistante » que prévu, et Yannis Stournaras n’exclut pas une hausse en octobre si l’énergie bascule dans le scénario adverse, quand Rumen Radev plaide pour laisser aux décisions passées le temps d’agir. Le marché n’accorde qu’environ 25 % de chances à une hausse en octobre, mais intègre une hausse pleine d’ici décembre et 45 pb au premier trimestre 2027. Il anticipe donc un coup d’accélérateur à court terme, suivi d’un relâchement à moyen terme.
La semaine prochaine, tous les regards seront tournés vers la formalisation — ou non — d’un accord sur Ormuz, les prochains orateurs de la Fed, les données de consommation américaines, l’emploi aux États-Unis et une fin de trimestre qui s’annonce plus calme sur le primaire.
Bonne semaine à tous






