Cross Asset : les cycliques coulent
"Après Céline Dion et le pape, on n'a plus qu'à organiser 18 JO et 8 coupes du monde avant la fin de l'année et on est bon sur la croissance en France !" Sebastien Lecornu
Le resserrement synchronisé a fait payer la facture aux actions européennes. Le CAC 40 reste pénalisé par la prime de risque politique française, tandis que les actions italiennes et espagnoles souffrent de l’écartement des spreads périphériques. Seul l’indice anglais termine dans le vert, soutenu par le poids de l’énergie et de la santé. La rotation est franchement défensive : la santé progresse, tandis que les financières souffrent malgré l’effet théorique de taux plus élevés sur les marges. Les matériaux pâtissent du dollar fort et d’une Chine peu porteuse, tandis que l’énergie ne profite pas d’un Brent au-dessus de 100 dollars.
Wall Street n’est pas en reste : le Nasdaq s’accroche grâce à la tech, alors que les autres indices américains encaissent le choc de taux, le S&P 500 ayant touché mercredi son plus bas depuis juillet avant de se reprendre partiellement.
Le Nikkei fait figure d’exception, porté par un yen qui décroche, tandis que la Turquie (-8,18 %) signe la pire performance mondiale. Le Brésil et le Mexique reculent légèrement, et l’Asie hors Japon reste quasi stable.
Sur le crédit, l’iTraxx Senior Financials et le Subordonné s’écartent nettement plus que le Main, tandis que le Crossover ne progresse que de 1,0 %. Cette résistance du haut rendement se retrouve également sur le primaire.
Le Brent termine à 103,64 dollars, en léger repli par rapport au plus haut de 107 dollars atteint la semaine dernière, mais reste suspendu à la diplomatie. La réunion des pays du Golfe à Oman s’est achevée sans accord sur Ormuz, tandis que l’oléoduc saoudien Est-Ouest reste fermé.
Change : le dollar, maître-nageur de la semaine
J’ai vu un premier blocage de rond-point ce week-end et je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’on aurait pu avoir un joli automne si le gouvernement de 2008 avait rendu obligatoire la présence d’un tutu rose dans la boîte à gants plutôt que d’un gilet jaune !
Le dollar est le grand vainqueur de la semaine, porté par une Fed qui relève ses taux de 25 pb, sa première hausse depuis 2023, et surtout par des projections nettement plus dures.
Le mouvement a été le plus marqué face au yen, aux devises scandinaves et à l’euro, que Christine Lagarde n’a pas aidé en rappelant vendredi à Dublin que les taux ne se calent pas mécaniquement sur le prix de l’énergie.
Le yen s’affaiblit paradoxalement malgré la hausse de 25 pb de la BoJ, votée par sept voix contre deux. Kazuo Ueda est resté évasif sur la suite.
La livre sterling surperforme l’euro et le dollar néo-zélandais malgré le statu quo de la BoE, Andrew Bailey ayant prévenu qu’une hausse pourrait être nécessaire si l’inflation liée au Moyen-Orient s’intensifiait.
Sur les émergents, la dispersion reste la règle. Les monnaies des exportateurs de technologie tiennent bon, à commencer par le won coréen, au plus haut depuis deux ans après une deuxième hausse consécutive de la BoK, ainsi que le dollar taïwanais.
Les monnaies des importateurs de pétrole, à commencer par les roupies indienne et indonésienne et le peso philippin, restent pénalisées par un baril au-dessus de 100 dollars et un billet vert conquérant. Le réal brésilien continue d’accumuler une prime de risque électorale avant le scrutin d’octobre, tandis que le sommet Xi-Trump annoncé pour la semaine prochaine repousse d’éventuelles annonces tarifaires et apaise le yuan chinois.
Taux : L’obligataire sans brassards
Les dirigeants des principales entreprises d'IA ont appelé en quarante-huit heures à ralentir son développement car sinon en 2040 il ne restera que l'IA et Michel Drucker sur terre !
Le resserrement synchronisé a relancé le sell-off obligataire mondial. Aux États-Unis, la hausse de la Fed était entièrement anticipée et c’est la révision des projections qui a fait mal : le 10 ans a d’abord reculé de 5 pb à 4,95 % après la décision, avant que le bas de la courbe ne se retourne et que le 2 ans ne s’inscrive en nette hausse. Le marché intègre désormais environ 33 pb de hausses supplémentaires sur les deux réunions restantes, ainsi qu’une probabilité d’environ 50 % d’un nouveau geste en octobre, malgré les critiques publiques de Donald Trump et une conférence de presse express de Kevin Warsh, la plus courte de l’histoire.
En zone euro, la BCE, dont le taux de dépôt est à 2,50 % depuis le 10 septembre, se garde de s’engager : selon Christine Lagarde, une hausse en octobre reste possible, mais n’a rien d’automatique. Le ministre italien Giancarlo Giorgetti estime, pour sa part, que relever les taux ne résout pas une inflation par l’offre.
Sur la courbe des swaps, le spread 1 an–10 ans ressort autour de 28 pb, tandis que le 30 ans se situe légèrement sous le 10 ans.
La France concentre les tensions, avec un spread OAT-Bund qui s’élève à plus de 104 pb, contre environ 85 pb il y a trois semaines, atteignant ainsi son plus haut niveau depuis la crise de 2012. Il est alimenté par la campagne présidentielle et l’abandon de l’objectif de déficit.
Au Royaume-Uni, le gilt à 30 ans détend son rendement de 14,9 pb après le statu quo de la BoE à 3,75 % (6 voix contre 1), alors que le 10 ans reste au-dessus de 5,29 %.
La semaine prochaine, il faudra suivre les interventions des banquiers centraux à la sortie des périodes de silence, le sommet Xi-Trump et l’entrée de neuf valeurs grecques, dont quatre banques, dans le Stoxx 600 lundi.
Bonne semaine à tous






