Lettre Hebdo des marchés semaine 36: Une rentrée difficile

Cross Asset : Cinq séances, cinq humeurs

Echange 4 places VIP pour Céline Dion à La Défense Arena contre 6 litres de gasoil. De toute façon, je ne peux pas y aller, ce soir-là, il y a documentaire de 4 heures sur l’histoire du parpaing sur Arte.

Séances de repli en début de semaine pour Wall Street, sur fond de pétrole au-dessus de 90 dollars et de nouvelles frappes américaines près d’Ormuz, avant que Christopher Waller, l’un des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine, et son « give disinflation a chance » ne renversent la vapeur jeudi : meilleure séance du mois pour le S&P 500, Bitcoin au-dessus de 80 000 dollars et dollar au plus bas depuis mai. Vendredi, l’emploi américain a repris la main, révélant une économie américaine qui étonne par sa solidité, pour finalement permettre aux indices de terminer la semaine en timide hausse.

En Europe, le Stoxx 600 met fin à cinq mois consécutifs de hausse. Les banques cumulent le plus grand nombre de relèvements et d’abaissements de recommandations, tandis que l’industrie profite d’une action Volkswagen en forme, pendant que la technologie essuie le plus grand nombre de dégradations.

Côté macro, l’inflation de la zone euro remonte à 3,3 % en août, son plus haut niveau depuis septembre 2023, tandis que l’inflation sous-jacente recule à 2,4 %.

Sur le crédit, l’Europe enchaîne une troisième semaine blockbuster avec 43,2 milliards d’euros émis, un total porté, pour la huitième fois de l’année, par les financières, tandis que l’iTraxx reste globalement stable malgré les soubresauts des taux souverains.

Le Brent signe sa plus forte hausse hebdomadaire depuis juillet : les frappes américaines de mardi près du détroit d’Ormuz ont propulsé le WTI au-dessus de 90 dollars.

L’or, enfin, a payé cash le choc de l’emploi américain : -2 % vendredi, repassant sous les 4 400 dollars l’once, tandis que la probabilité d’une hausse des taux de la Fed en septembre bondissait à environ 60 %.

Change : Le dollar fait le yo-yo

Faute d’accord avec les détenteurs des droits de Dragon Ball, le futur parc d’attractions de Cergy Pontoise devrait être sur le thème de Navarro ou Julie Lescaut .

Le dollar aura vécu une semaine indécise, tombant jeudi à son plus bas niveau depuis le 11 mai, après que Waller a laissé entendre qu’il pourrait soutenir un statu quo si les pressions inflationnistes continuaient de se calmer, avant qu’un rapport sur l’emploi, vendredi, trois fois supérieur aux attentes, ne le renvoie vers un plus haut de séance.

Le yen a été, une fois encore, le grand animateur de la semaine. Porté par le repli du différentiel de taux Fed-BoJ après les propos de Waller, il a bondi de près de 2 % jeudi. La hausse de 25 points de base de la BoJ en septembre est désormais totalement intégrée dans les cours.

L’euro profite à la fois de la faiblesse du dollar et d’une communication de plus en plus « faucon » de la BCE.

Le dollar de Singapour, enfin, est devenu la devise la plus négativement corrélée au billet vert de toute l’Asie, à son plus bas niveau depuis mai 2024 : candidat naturel si le grand trade de « débasement du dollar » venait à s’accélérer.

Le yuan offshore s’enfonce dans une torpeur inédite depuis une décennie, Pékin ayant méthodiquement asséché toute velléité de volatilité sur ses dérivés de change.

Du côté des devises émergentes, l’indice MSCI signe une dixième semaine de hausse consécutive, du jamais-vu depuis 2007, même si le choc de l’emploi de vendredi a fait vaciller in extremis le real brésilien, le rand et le peso mexicain.

La roupie indienne grimpe à un plus haut d’un mois après que la banque centrale, la RBI, a confirmé avoir levé 136 milliards de dollars via son programme de collecte de capitaux.

Le won coréen s’impose comme la meilleure performance émergente de la semaine, les réserves de change sud-coréennes atteignant elles aussi un record.

Taux : Une courbe qui swingue 

Vieillesse ou inflation :  j'ai connu l'époque où, à la pompe à essence, le compteur de litres tournait plus vite que celui des euros !

En début de semaine, d’importantes ventes ont ramené les rendements à leurs plus hauts niveaux depuis 2008, sur fond de pétrole au-dessus de 90 dollars et de nouvelles frappes américaines près d’Ormuz. Jeudi, les propos accommodants de Waller ont provoqué un net aplatissement haussier, avant que le choc de l’emploi américain de vendredi ne renverse à nouveau la donne : le Bund à 10 ans progresse de 3 points de base à 3,326 %, tandis que la France et l’Italie résistent partiellement, portées par des flux de fin de mois. Aux États-Unis, le 2 ans a bondi de 4 points de base à 4,37 % et le 10 ans de 3 points de base à 4,79 % vendredi.

Le spread OAT-Bund campe autour de 85-86 points de base, tandis que le BTP-Bund s’établit autour de 81 points de base.

 

Sur la courbe swap euro, la semaine la plus agitée depuis le début de la guerre iranienne aura vu se succéder, lundi et mardi, un bear steepening ( les taux montent, les échéances longues progressant plus rapidement que les courtes ), puis jeudi un bull flattening ( les taux baissent, cette fois davantage sur les échéances courtes que sur les longues), avant une remontée des taux vendredi, là encore plus marquée sur les échéances courtes que sur les longues, dans un mouvement de bear flattening. Un véritable yo-yo qui reflète, séance après séance, l’arbitrage permanent entre choc pétrolier, indulgence de la Fed et solidité du marché du travail américain.

Les marchés pricent désormais une hausse pleine de 25 points de base de la BCE le 10 septembre, quasiment acquise, et environ 50 à 55 points de base de resserrement au total d’ici à la fin de l’année.

L’inflation de la zone euro à 3,3 % en août, sa lecture la plus élevée depuis septembre 2023, n’a pas suffi à unifier le Conseil : Nagel salue le recul de l’inflation sous-jacente à 2,4 %, tandis que Kocher et Šimkus plaident pour une vigilance prolongée.

Bonne semaine à tous