Cross Asset : Nvidia arrose, Warsh essore
Et si maintenant on appelait tous les USA « le Mexique du Nord » ou « le Canada du Sud »… Juste pour voir !!
La semaine avait mal débuté avec la correction des semi-conducteurs, mais mercredi soir, Nvidia et Jensen Huang ont rebattu les cartes avec une croissance de 70 % du chiffre d’affaires anticipée pour l’exercice 2028, soit 200 milliards de dollars au-dessus des attentes, et qui serait « bien plus forte » sans les contraintes d’approvisionnement. Mais vendredi, le discours choc de Kevin Warsh à Jackson Hole a cassé la dynamique en pleine séance : le S&P 500 est repassé dans le rouge, les semi-conducteurs ont intégralement rendu leurs gains de la veille, tandis que les méga-caps défensives limitaient la casse.
En Europe, même scénario contrarié : le Stoxx 600 signe un cinquième mois de hausse consécutif en août, mais peine sur la semaine (+0,2 %), tandis que le DAX enchaîne un nouveau record et que le CAC 40 encaisse le débat présidentiel de jeudi. Côté sectoriel, l’automobile a fait carton plein vendredi sur une note positive de Citi, tandis que les banques ont porté l’indice, soutenues par d’excellents résultats au deuxième trimestre. La BCE, elle, a jugé bon de rappeler que les valorisations technologiques rappellent furieusement celles de la bulle internet !
Sur le crédit, l’Europe a vécu sa deuxième semaine blockbuster d’affilée, avec 47,03 milliards d’euros émis, un record de l’année pour les corporates. L’iTraxx s’est détendu à son plus bas niveau depuis un mois avant que Warsh ne réintroduise un peu de volatilité vendredi.
Sur les matières premières, enfin, le nettoyage des mines iraniennes dans le détroit d’Ormuz par les forces américaines et l’accord de partage des revenus entre l’Iran et Oman ont fait plonger le Brent de près de 9 % en trois séances, avant un timide rebond vendredi. L’or, lui, a été le grand perdant du changement de ton de Warsh, cédant du terrain après avoir flirté avec les 4 500 dollars en début de semaine. Seul le blé s’est offert un feu d’artifice, touchant un plus haut de trois ans sur fond d’attaques répétées en mer Noire, entraînant le maïs et le gaz européen (au-dessus de 70 euros/MWh, un niveau plus vu depuis le début de la guerre en Iran) dans son sillage.
Change : Le billet vert refait surface
En cette rentrée, je ne vais pas très bien… Je me sens nul: je n'arrive pas à annoncer ma candidature à la présidentielle alors que tout le monde le fait.
Le dollar, en petite forme depuis plusieurs semaines, a connu son grand retournement vendredi, porté par un discours de Warsh qui a fait grimper la probabilité d’une hausse de taux en septembre à environ 50-60 %.
L’euro a été plafonné vendredi par le duo Warsh / inflation française d’août, supérieure aux attentes (2,2 % contre 2,0 %), ce qui renforce les anticipations de hausse de la BCE sans pour autant permettre à la monnaie unique de creuser davantage son différentiel de taux en sa faveur.
La livre sterling a cédé 0,3 % face au dollar vendredi, Andrew Bailey qualifiant lui-même le discours de Warsh de « discours de fond ».
Le yen, de son côté, continue de dériver vers 160 face au dollar, les carry traders reconstituant leurs positions vendeuses malgré l’intervention conjointe historique de juillet.
Sur les devises émergentes, le won coréen signe la meilleure performance de la semaine, à son plus haut niveau depuis juillet 2025, porté par les ventes de dollars des entreprises locales en fin de mois.
Le peso philippin, à l’inverse, enfonce un nouveau plus bas historique au-delà de 62 pour un dollar, la banque centrale des Philippines rappelant qu’elle ne « défend pas un taux de change précis » et se contente de lisser les mouvements désordonnés.
La roupie indienne bénéficie d’une RBI désormais quasi permanente sur le marché des changes, adossée à des réserves record de 729,3 milliards de dollars.
La roupie indonésienne, enfin, aura vécu sa meilleure semaine de flux obligataires étrangers depuis sept ans, avec 656,7 millions de dollars d’entrées sur une seule séance, le 20 août.
Taux : Volte-face en eaux troubles
Cette semaine j’ai quand même entendu « DragonBall », « Arabie saoudite » et « Cergy Pontoise » dans une même phrase…j’étais pas prêt
En début de semaine, la détente des tensions autour d’Ormuz et la chute du pétrole ont alimenté une baisse de la courbe : les paris de hausse de la BCE se sont dégonflés, le Bund à 2 ans est retombé vers 2,63 %, et les emprunts d’État allemands ont surperformé pendant que le Brent perdait 8 à 9 % en trois séances.
Mais les propos très « faucons » d’Isabel Schnabel, les inflations française (2,2 %) et surtout espagnole (4,3 %) de vendredi, conjugués au discours choc de Kevin Warsh, ont provoqué un choc sur la courbe : les taux à 2 ans allemand et britannique ont grimpé de 4 à 5 points de base dans la foulée, calquant le mouvement du 2 ans américain, qui a bondi jusqu’à 9 points de base (le plus fort mouvement journalier de la courbe des Treasuries depuis le 29 juillet). Le spread 1 an-30 ans du Bund s’est resserré, confirmant un net aplatissement de la courbe swap euro.
Les marchés monétaires pricent désormais une hausse pleine de 25 points de base de la BCE en septembre et 50 points de base de resserrement total d’ici la fin de l’année, contre seulement 41 points de base une semaine plus tôt. Les minutes de la réunion de juillet, publiées jeudi, ont confirmé que certains membres du Conseil avaient sérieusement envisagé une hausse immédiate avant le statu quo unanime. L’inflation flash de la zone euro, attendue mardi à 3,3 %, devrait sceller le sort de la réunion du 10 septembre.
La France, elle, continue de payer sa prime de risque politique : le PIB du premier semestre confirme une croissance quasi nulle, le premier débat de la présidentielle jeudi soir a surtout tourné autour de la dette, et le spread OAT-Bund à 10 ans campe autour de 85 points de base, proche de son plus large niveau depuis octobre.
Enfin, le Wall Street Journal rappelle que la dette mondiale a dépassé les 350 000 milliards de dollars (environ 305 % du PIB mondial), avec la France, l’Italie, le Royaume-Uni et le Japon en première ligne des tensions obligataires si l’on omet le Trésor américain : un décor qui promet une rentrée agitée, entre le chiffre de l’emploi américain vendredi prochain et les élections régionales allemandes en embuscade.
Bonne semaine à tous






