Lettre Hebdo des marchés semaine 30: Fermé pour cause inventaire

Cross Asset : Pétrole, IA et vertiges

Finalement, la voilà peut-être, la véritable « écologie punitive »… Le traditionnel chassé-croisé des vacances est devenu celui où ceux qui fuient les villes suffocantes croisent ceux dont le camping est parti en fumée. Tristesse

Les marchés actions ont vécu une semaine en montagnes russes, au rythme des fluctuations du pétrole. Après un rebond en début de semaine, porté par l'enthousiasme renouvelé autour de l'intelligence artificielle, les indices ont lourdement corrigé jeudi, douchés par les résultats de plusieurs grands groupes technologiques. Ces publications ont ravivé les interrogations sur la rentabilité des investissements colossaux consacrés à l'IA. Au final, le Stoxx Europe 600 et le S&P 500 terminent la semaine proches de l'équilibre, tandis que le Nasdaq-100 enregistre sa pire performance hebdomadaire depuis plusieurs mois, pénalisé par la chute de Tesla (-15 % jeudi) et par une rotation sectorielle qui a vu les banques et le tourisme reprendre l'avantage sur la technologie et l'énergie en fin de semaine.

L'iTraxx Crossover a poursuivi l'écartement amorcé la semaine précédente, terminant vendredi autour de 266 pb (en baisse de 2 pb sur la seule séance), après avoir franchi plusieurs résistances techniques importantes. Le marché du crédit cash demeure toutefois nettement plus résilient que les indices synthétiques, avec un resserrement des spreads sur les segments Investment Grade et High Yield. Les secteurs de la technologie et de la distribution font figure d'exceptions, évoluant à contre-courant.

Le pétrole aura été la véritable vedette – ou plutôt le cauchemar – de la semaine. Le Brent a bondi de plus de 27 % depuis le 1er juillet, franchissant jeudi le seuil symbolique des 100 dollars le baril, avant de refluer de près de 5 % vendredi, vers 96-97 dollars. Le gaz européen (TTF) a suivi une trajectoire similaire, culminant au-delà de 62 €/MWh en milieu de semaine (+40 % depuis le début du mois), avant de se stabiliser légèrement au-dessus de 60 €/MWh. Une flambée loin d'être anodine à quelques semaines de la phase cruciale de reconstitution des stocks hivernaux.

L'or a logiquement profité du regain d'incertitude géopolitique et des tensions protectionnistes. L'once a franchi les 4 150 dollars mercredi avant de se stabiliser autour de 4 050-4 060 dollars vendredi, soutenue également par des importations chinoises qui ont atteint leur plus haut niveau depuis deux ans (environ 173 tonnes en juin). Le métal jaune demeure toutefois en repli d'environ 22 % depuis les frappes américano-israéliennes de fin février….Même les valeurs refuges ne sont pas à l'abri des prises de bénéfices.

Change : Le dollar fait de la résistance

Troisième vague de chaleur en moins de deux mois : la canicule c'est vraiment devenu une fête commerciale ! 

L'euro termine la semaine quasiment inchangée face au dollar, autour de 1,138 $, la BCE ayant, comme unanimement anticipé, maintenu jeudi son taux de dépôt à 2,25 %, tout en laissant la porte grande ouverte à un nouveau relèvement en septembre.

Le yen reste la lanterne rouge du G10, signant sa pire semaine depuis mai. Il a frôlé jeudi un nouveau plus bas de quarante ans à 163,99 pour un dollar, à quelques encablures seulement du seuil psychologique des 165. La ministre des Finances, Satsuki Katayama, a de nouveau haussé le ton vendredi, publiant un énième avertissement sur les mouvements de change, sans effet notable sur le marché.

La livre sterling demeure sous pression, prise en étau entre les ambitions budgétaires du nouveau gouvernement d'Andy Burnham et le choc inflationniste alimenté par la flambée des prix du pétrole.

Le dollar australien a signé la meilleure performance du G10 mercredi, porté par un rapport sur l'emploi nettement supérieur aux attentes, qui a ravivé les anticipations d'un nouveau relèvement de taux de la Reserve Bank of Australia d'ici la fin de l'année.

Le dollar néo-zélandais a également bénéficié d'une inflation du deuxième trimestre supérieure aux attentes, confortant les anticipations d'une poursuite du cycle de resserrement engagé par la Reserve Bank of New Zealand le 8 juillet.

Du côté des devises émergentes, les monnaies asiatiques importatrices de pétrole ont été les principales victimes de l'envolée du Brent. Le peso philippin a inscrit vendredi un nouveau plus bas historique malgré les interventions de la banque centrale, tandis que la roupie indonésienne reste sous pression après le maintien surprise du taux directeur par Bank Indonesia.

 

En Amérique latine, le réal brésilien s'est modestement raffermi après que la banque centrale a reconduit l'intégralité de son programme de swaps de change. Le peso argentin a, pour sa part, bénéficié du relèvement de sa notation souveraine par Moody's à B3.

Taux : Vers de nouveaux sommets !

Le cyclisme n’est pas encore complètement clean : sur le Tour de France j’ai vu  passer un coureur de l’équipe France 2 qui est carrément en moto, avec quelqu’un derrière lui qui filme… Ils ne se cachent même plus pour tricher !

 

Les taux souverains ont fortement progressé cette semaine des deux côtés de l'Atlantique, sous l'effet de la flambée des prix du pétrole et du resserrement monétaire qu'elle laisse présager.

Le Bund à 10 ans a atteint jeudi 3,20 %, son plus haut niveau depuis quinze ans, avant de revenir vers 3,17-3,18 % vendredi. L'OAT à 10 ans a, quant à elle, franchi pour la première fois depuis octobre 2008 le seuil des 4 %, avant de terminer la semaine autour de 3,97 %. Christine Lagarde a beau répéter que les décisions continueront d'être prises « réunion après réunion », le marché des swaps intègre désormais près de deux relèvements de 25 pb de la BCE d'ici à la fin de l'année.

La courbe des swaps euro s'est d'ailleurs nettement aplatie sur la semaine, le segment court intégrant l'essentiel de ce scénario de resserrement. Le spread 10/30 ans s'est ainsi resserré de 3 pb jeudi, à 4,5 pb, tandis que le 2/10 ans se contractait de près de 2 pb, à 14,8 pb.

Aux États-Unis, le rendement du Treasury à 10 ans a culminé à 4,70 % jeudi, son plus haut niveau depuis janvier 2025, tandis que le 30 ans est resté au-dessus de 5 % durant sa plus longue séquence depuis le début de la crise financière. Un reflux s'est toutefois dessiné vendredi, le 10 ans revenant vers 4,66 % dans un contexte d'espoirs de désescalade au Moyen-Orient.

Le Royaume-Uni n'est pas en reste : le Gilt à 10 ans a lui aussi prolongé sa plus longue séquence au-dessus de 5 % depuis 2008, pris en étau entre les inquiétudes budgétaires suscitées par le gouvernement Burnham et le choc pétrolier.

Bonne semaine à tous