Lettre Hebdo des marchés semaine 29: Donald La douane

Cross Asset : La double peine

Je suis vraiment nul en foot, mais c'est sûr et certain que si l'équipe de France joue le match retour comme elle a joué le match aller contre l'Espagne, on n'ira jamais en finale de cette coupe du monde ! 

La semaine restera comme celle où deux chocs se sont superposés sans se neutraliser. D'un côté, la réescalade entre l'Iran et les États-Unis (frappes quotidiennes, fermeture de facto du détroit d'Ormuz, extension du conflit aux infrastructures civiles jusqu'au Koweït vendredi) a ravivé les craintes inflationnistes. De l'autre, l'irruption d'un nouveau modèle chinois a rappelé aux investisseurs que la rente de situation des champions américains de l'IA n'était pas éternelle, entraînant le Nasdaq nettement en territoire négatif sur la semaine, malgré la bonne tenue du reste de la cote (Russell 2000, luxe européen).

En Europe, le Stoxx Europe 600 termine quasiment stable, mais peine à progresser, l'ouverture de la saison des résultats s'étant révélée plus décevante qu'outre-Atlantique. Les publications racontent en effet une histoire à deux vitesses : solides pour les banques américaines et le luxe, nettement plus décevantes pour IBM, les télécoms et l'industrie européenne, confirmant que le marché ne pardonne plus grand-chose à des valorisations déjà exigeantes.

Sur le crédit, l'iTraxx Crossover s'écarte nettement sur la semaine, venant tester une résistance technique importante autour de 254 pb, signe que le marché du crédit n'est plus totalement imperméable aux déboires de l'IA et à la remontée du risque géopolitique, même si le marché cash résiste davantage.

Le pétrole bondit de 14,1 % sur la semaine, à environ 86 $/baril, sa plus forte progression hebdomadaire depuis avril, porté par la fermeture quasi totale du détroit d'Ormuz (trafic observable proche de zéro, transits « dark » devenus la norme). Le gaz européen suit une trajectoire comparable, revenant tester ses niveaux de mars, au début du conflit.

L'or recule pour la deuxième semaine consécutive (-2,6 %, à environ 4 016 $/once), pénalisé par la remontée des taux réels américains et par un dollar qui, sans véritablement s'apprécier, conserve son statut de valeur refuge dans un contexte de tensions géopolitiques et d'incertitudes autour du secteur des semi-conducteurs.

Change : Calme plat en surface, tempête en dessous

Je suis allé voir le film sur De Gaulle au cinéma... Franchement déçu, ça ne parle absolument pas de l'aéroport, de sa construction, ni des tapis à bagages ou des contrôles de sécurité ! 

Le dollar termine la semaine quasiment stable, une performance en trompe-l'œil qui masque une forte volatilité intra-hebdomadaire, entre regain des tensions géopolitiques et publication d'une inflation américaine plus rassurante qu'attendu.

L'euro évolue lui aussi sans direction marquée, le renforcement des anticipations de hausse des taux de la BCE lié au choc pétrolier étant compensé par les flux vers le billet vert, toujours recherché en période d'aversion au risque.

Le yen reste la seule devise du G10 en recul. Vendredi, Satsuki Katayama a adopté son ton le plus ferme depuis plusieurs semaines, évoquant une intervention « décisive » si nécessaire, alors que la devise continue d'évoluer proche de ses plus bas niveaux face au dollar depuis près de quatre décennies.

La livre sterling termine la semaine sur une note plus fragile, les gains enregistrés après le soulagement des marchés à la suite de l'éviction d'Ed Miliband du poste de chancelier étant en partie effacés à l'approche de l'investiture d'Andy Burnham samedi.

Le dollar australien sous-performe légèrement la couronne norvégienne, qui prend la tête du classement des devises du G10 depuis le début de l'année (+4,52 % face au dollar). Le dollar néo-zélandais continue de bénéficier du biais résolument restrictif de la RBNZ, sans toutefois se distinguer particulièrement cette semaine.

Du côté des devises émergentes, la roupie indienne signe la plus mauvaise performance hebdomadaire, pénalisée par la flambée des prix du pétrole, l'Inde demeurant l'un des principaux importateurs mondiaux d'or noir. La RBI doit en outre gérer le dénouement des importantes positions en dollars constituées pour soutenir sa monnaie.

Le won coréen recule, effaçant une partie des gains de la semaine précédente sous l'effet de la forte correction des valeurs liées aux semi-conducteurs sur les marchés locaux.

Le yuan chinois reste quasiment stable (+0,02 %), tandis que les exportateurs chinois continuent d'accroître leur couverture de change.

Enfin, le peso philippin se rapproche de son plus bas historique, rappelant la forte sensibilité des importateurs asiatiques de pétrole aux perturbations persistantes dans le détroit d'Ormuz.

Taux : Le grand écart Francfort-Washington

Alerte info : Les Girondins de Bordeaux officiellement relégués en Régional -235 et condamnés à disputer leurs prochains matchs uniquement contre des élèves de moyenne et grande section de maternelle.

En zone euro, la réescalade du conflit iranien a d'abord entraîné une remontée des taux longs dans le sillage de la flambée du pétrole, avant qu'un léger mouvement de flight-to-safety provoqué par la déroute des semi-conducteurs ne vienne freiner cette dynamique en fin de semaine. Les spreads périphériques se sont écartés sans discontinuer, l'OAT/Bund passant de 77 pb lundi à 80,6 pb vendredi, et le BTP/Bund de 75,5 pb à 81,8 pb, un plus haut de deux mois, sur fond d'inquiétudes persistantes sur les finances publiques françaises et d'une prime de risque politique toujours élevée.

Sur la courbe des swaps, la semaine est marquée par un aplatissement, le plus prononcé depuis trois semaines : le 2/5 ans recule, le 2/10 ans se resserre, tandis que le 10/30 ans alterne entre aplatissement et pentification au gré des séances. Le marché intègre désormais 23 pb de hausse de taux de la BCE d'ici septembre et 42 pb d'ici la fin de l'année, un scénario cohérent avec un statu quo attendu le 23 juillet, suivi d'une dernière hausse en septembre.

Aux États-Unis, la publication d'un CPI de juin nettement inférieur aux attentes a entraîné un fort repli des rendements souverains en milieu de semaine. Le mouvement s'est prolongé vendredi, alimenté à la fois par l'aversion au risque liée au secteur des semi-conducteurs et par la confirmation du ralentissement de l'inflation. Le taux à 10 ans a ainsi reculé sur la semaine, tout en restant en hausse d'environ 38 pb depuis le début de l'année.

Bonne semaine à tous