Lettre Hebdo des marchés semaine 24: Poker menteur

Cross Asset : le pétrole dicte le tempo !

J'ai l'impression qu'il aurait été plus simple d'organiser cette Coupe du monde en Corée du Nord pour réussir à y accéder non ?  En tout cas, c'est sympa ces petits bouts de match de foot entre les publicités !

Le Brent aura été le principal baromètre de la semaine, évoluant dans une fourchette particulièrement large, de 98 $/b à 86 $/b (son plus bas niveau depuis le 10 mars) au gré des annonces contradictoires en provenance de Washington et de Téhéran concernant un éventuel accord.

Cette volatilité s'est propagée à l'ensemble des classes d'actifs. Les marchés actions mondiaux, d'abord pénalisés par la résurgence des tensions géopolitiques, ont finalement terminé la semaine dans le vert. Le Stoxx Europe 600 a notamment enregistré un net rebond vendredi, lui permettant de combler une partie de son retard vis-à-vis des indices américains.

Le véritable fil conducteur de la semaine demeure toutefois la correction du secteur technologique et de l'intelligence artificielle. Celle-ci a été amplifiée par les annonces d'Oracle, jugées particulièrement agressives en matière de dépenses d'investissement et de recours à l'endettement. À noter également l'accueil triomphal réservé à l'introduction en Bourse de SpaceX, dont le titre a progressé de près de 30 % lors de sa première séance, propulsant Elon Musk au rang de premier trillionnaire de l'histoire.

Sur le crédit, l'iTraxx Crossover termine la semaine en léger resserrement, effaçant l'essentiel de l'élargissement observé lors du regain de tensions géopolitiques. Les performances ont été relativement homogènes sur le segment Investment Grade, tandis que le High Yield a affiché une dispersion plus marquée.

Enfin, l'or, longtemps sous pression au cours de la semaine et tombé jusqu'à 4 100 $/once (son plus bas niveau depuis novembre 2025), a finalement rebondi vendredi, profitant d'un regain de demande pour les valeurs refuges.

Change : le dollar hésite !

« Après mon job de pilote de porte-conteneurs sur le canal de Suez et d'électricien en Espagne, je commence un nouveau boulot à la direction informatique du Crédit Agricole... je vous tiens au courant de comment ça se passe »Cedric  

Sur le marché des changes, l'EUR/USD a oscillé tout au long de la semaine dans un étroit couloir compris entre 1,15 et 1,16, sans parvenir à dégager de tendance claire. La paire est restée partagée entre les espoirs de désescalade géopolitique et le soutien apporté à l'euro par la hausse des taux de la BCE jeudi.

La livre sterling est demeurée enfermée dans sa fourchette de 1,33 à 1,34 contre le dollar, relativement insensible à la publication d'un PIB britannique d'avril conforme aux attentes, mais confirmant le ralentissement de l'activité au deuxième trimestre.

Le yen japonais s'est nettement déprécié face au dollar, revenant tester la zone des 160-161. Les investisseurs ont largement ignoré le repli des prix du pétrole, préférant se concentrer sur des statistiques d'inflation américaines renforçant l'idée d'un nouveau resserrement monétaire de la Réserve fédérale avant la fin de l'année.

Le dollar australien a franchi à la hausse le seuil de 0,70 contre le billet vert. Malgré la décision de la Reserve Bank of Australia (RBA) de marquer une pause dans son cycle de resserrement, les investisseurs ont privilégié la résilience de l'économie australienne et l'amélioration du sentiment de marché.

Le dollar canadien est resté sous pression après le statu quo de la Banque du Canada à 2,25 % pour une cinquième réunion consécutive. Le marché des swaps continue néanmoins d'intégrer de manière agressive près de 50 points de base de resserrement supplémentaire sur les douze prochains mois.

La couronne norvégienne a été la grande gagnante parmi les devises du G10. Elle a bénéficié de la publication d'une inflation sous-jacente supérieure aux attentes, à son plus haut niveau depuis quatre mois, poussant les marchés à renforcer leurs anticipations d'un nouveau relèvement des taux par la Norges Bank.

Du côté des marchés émergents, la roupie indonésienne a connu une semaine particulièrement mouvementée après une nouvelle hausse surprise de 25 points de base décidée hors calendrier par Bank Indonesia, illustrant la volonté des autorités de soutenir la devise et de contenir les pressions inflationnistes.

Le yuan chinois est resté orienté à la baisse malgré un excédent commercial en forte progression. Les investisseurs demeurent préoccupés par la faiblesse persistante de l'inflation domestique, tandis que les prix à la production continuent de se redresser progressivement.

Enfin, le peso mexicain a profité en fin de semaine du regain d'intérêt pour les stratégies de « carry trade ». L'écart de rendement entre le Mexique et les États-Unis demeure particulièrement attractif, même si les déclarations de Donald Trump sur une éventuelle remise en cause de l'USMCA continuent d'entretenir une prime de risque politique sur la devise.

Taux : la BCE passe à l'offensive !

C'est donc officiel maintenant ma fortune est désormais plus proche de celle de Bernard Arnault que celle d'Elon Musk ne l'est de celle du patron de LVMH... il ne faut rien lâcher et croire en ses rêves ! 

Sur les marchés de taux, l'événement majeur de la semaine a naturellement été la hausse de 25 points de base décidée par la BCE. Adoptée à l'unanimité, cette décision met fin à une pause de sept réunions consécutives. Le relèvement des projections macroéconomiques (avec une inflation désormais attendue à 3,0 % en 2026 ) ainsi que le ton prudent de Christine Lagarde ont été interprétés comme un signal laissant la porte ouverte à un nouveau resserrement dès le mois de juillet.

Malgré ce durcissement monétaire, les taux souverains de la zone euro se sont détendus au cours de la semaine. Le rendement du Bund allemand à 10 ans a terminé vendredi sous le seuil des 3 %, à 2,99 %, profitant à la fois du mouvement de repli post-BCE et de l'apaisement des tensions géopolitiques en fin de semaine. Dans ce contexte, le spread OAT/Bund est resté remarquablement stable, évoluant dans une fourchette étroite de 76 à 77 points de base.

Sur le marché des swaps euro, la dynamique dominante a été celle d'un aplatissement de la courbe. Des flux receveurs persistants sur les maturités longues ont exercé une pression baissière sur les taux de long terme, tandis que le segment intermédiaire s'est également resserré. La pente 10-30 ans s'est ainsi nettement comprimée au cours de la semaine, tout comme le segment 2-5 ans.

À noter également les déclarations d'Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, plaidant pour un renforcement du rôle international de l'euro dans un contexte où les interrogations sur l'indépendance de la Réserve fédérale américaine se multiplient.

Aux États-Unis, malgré des statistiques d'inflation et de prix à la production ressorties au-dessus des attentes, les taux souverains se sont également détendus. Le rendement du Treasury à 10 ans est ainsi passé de 4,55 % en début de semaine à 4,48 % vendredi, dans le sillage du mouvement observé en Europe et grâce à la modération des anticipations d'inflation révélée par l'enquête de confiance de l'Université du Michigan.

Bonne semaine à tous