Lettre Hebdo des marchés semaine 23: Under Pressure

Cross Asset : Chips et géopolitique

Vendredi prochain, Donald Trump fêtera ses 80 ans. Certains diront que c’est la première fois qu’un président américain affiche un âge supérieur à son QI. Happy birthday Mister President !

Les marchés actions ont connu une semaine en deux temps. Le S&P 500 a enchaîné une quatrième séance consécutive de records lundi, porté par Nvidia, avec des retombées positives sur plusieurs valeurs européennes telles que STMicroelectronics, Schneider Electric et Nokia. Toutefois, jeudi, Broadcom a provoqué une onde de choc en publiant un chiffre d'affaires légèrement inférieur aux attentes et des perspectives pour 2027 jugées décevantes.

Au final, les indices américains terminent la semaine en repli, une phase de respiration à mettre en perspective avec les sommets historiques atteints en milieu de semaine. L'Europe est restée davantage pénalisée par son exposition aux secteurs cycliques et ne peut espérer un véritable rebond qu'en cas de résolution du conflit au Moyen-Orient d'ici la fin de l'été.

Sur le crédit, l'iTraxx Crossover ne s'est écarté que modestement, témoignant de la résilience des spreads malgré les tensions géopolitiques. Les gestionnaires d'actifs alternatifs ont néanmoins subi une pression sectorielle spécifique après la décision de Partners Group de plafonner les retraits au sein d'un fonds de private equity.

Comme souvent ces dernières semaines, le pétrole a servi de baromètre des tensions géopolitiques. Les prix se sont d'abord tendus après l'annonce, par un média iranien, de la suspension des négociations avec Washington en réaction à l'offensive israélienne au Liban. Ils se sont ensuite détendus à la faveur des déclarations rassurantes de Donald Trump sur l'entrée dans la phase finale des négociations et sur la perspective d'un accord de cessez-le-feu entre le Liban et Israël. Le gaz européen a suivi une trajectoire similaire. Le cuivre a, quant à lui, reculé vendredi sous l'effet de la révision à la baisse du PIB de la zone euro au premier trimestre.

L'or a été la principale victime de la semaine. Des chiffres de l'emploi américain plus robustes qu'attendu ont accéléré son repli, le métal jaune tombant à son plus bas niveau depuis le début de l'année.

Change : le change révèle les fractures

Même si je n’ai plus d’examens depuis plus de 25 ans, dès qu’il y a Roland Garros, une partie de moi croit toujours qu’il faut que je révise…

Le dollar est resté ancré dans son range, ses trois grands déterminants (géopolitique iranien, différentiels de politique monétaire et équilibres commerciaux) ayant envoyé des signaux contradictoires.

L'euro n'a pas profité de l'ancrage des anticipations de hausse BCE. La hausse du coût des importations d'énergie se traduit par une dégradation de la balance commerciale européenne, qui semble prendre le pas sur les perspectives de rendements dans la fixation de la parité.

Le yen a testé à plusieurs reprises le seuil symbolique de 160,00 (zone d'intervention des autorités japonaises). Le gouverneur Ueda a durci le ton mercredi en affirmant que la BoJ devait être plus vigilante sur le risque d'une inflation au-dessus des projections que sur les risques baissiers pour l'activité. Les swaps intègrent désormais 86 % de probabilité d'une hausse de 25 pb à 1,00 % lors du meeting du 16 juin.

La livre sterling s'est montrée résiliente, aidée par la faiblesse des données de PIB européen et des déclarations de la banque centrale, qui maintient une prime « hawkish » sur la livre.

Le dollar australien est resté dans le bas de sa fourchette (0,710-0,720) après un PIB australien T1 décevant, la totalité de la croissance étant attribuable au boom des datacenters.

L'excédent courant norvégien, au plus haut depuis trois ans, a soutenu la couronne norvégienne.

Du côté des émergents, le won coréen (KRW) a été la devise la plus malmenée de la semaine, sous l'effet conjugué du choc énergétique négatif et de la fatigue du rallye IA.

La roupie indienne a surperformé grâce au paquet de mesures d'attractivité annoncé par la RBI (suppression des taxes sur les investissements étrangers en obligations souveraines, relèvement des limites d'investissement en actions pour les non-résidents), la banque centrale maintenant ses taux à 5,25 % à l'unanimité.

La roupie indonésienne a souffert (nouveau record au-dessus de 18 000 pour un dollar), pénalisée par une loi parlementaire remettant en cause l'indépendance de Bank Indonesia.

Taux : Des banquiers centraux qui haussent…le ton

Je ne comprends toujours pas pourquoi tout le monde cherche a savoir ou se trouve ce pont de Ligonnes…probablement à Ligonnes non ? quelqu’un a cherché ? 

La semaine a été marquée par une hausse des taux, reflet direct du choc pétrolier, de la dégradation des perspectives inflationnistes et des chiffres de l'emploi américain.

En zone euro, le Bund 10 ans a oscillé entre 2,97 % et 3,03 %, clôturant vendredi aux alentours de 3,00 % (environ 15 pb sous le pic du 19 mai, dernier point haut des craintes inflationnistes). Le spread OAT/Bund et BTP/Bund reste à peu près stable, en légère tension sur la semaine.

Les anticipations de hausse de la BCE ont été pleinement validées par l'ensemble des communications officielles (Schnabel, Simkus, Elderson, Wunsch). Les swaps intègrent désormais quasiment trois hausses de taux directeurs BCE pour 2026 ( trajectoire probablement excessive, mais qui ne s'inversera qu'avec la résolution du conflit moyen-oriental).

La dynamique de courbe a été dominée par le flattening. La partie courte (2-5 ans) s'est comprimée, signalant que les attentes de hausses à court terme sont désormais largement intégrées, tandis que le long terme (10-30 ans) reflète la tension entre le mouvement haussier des taux courts (primes de risque BCE) et l'ancrage relatif du long terme.

Du côté de la Fed, le Beige Book a confirmé la stabilisation du marché du travail, avec des prix en accélération dans la plupart des districts. Les investisseurs intègrent désormais plus d'une hausse de taux d'ici fin 2026 et deux à horizon septembre 2027.

Le taux américain à 10 ans a clôturé la semaine à 4,54 % après avoir absorbé les +172 k du rapport sur l'emploi. La partie courte (2 ans américain) a grimpé exclusivement par la composante réelle (hors inflation), signe que le marché intègre une résilience économique plutôt qu'une dérive inflationniste supplémentaire.

Bonne semaine à tous