Lettre Hebdo des marchés semaine 22: Notice de montage

CROSS ASSET : l'IA tient les marchés debout pendant que le golfe vacille

Peu de Français en deuxième semaine à Roland-Garros ! Comme quoi, pendant des années, ils évitaient peut-être pas de gagner juste  pour ne pas avoir à passer au micro de Nelson Monfort.

Les indices actions américains avancent aujourd'hui sur deux jambes distinctes. La première, géopolitique, oscille au gré des annonces concernant le détroit d'Ormuz. La seconde, technologique, poursuit sa progression avec une remarquable régularité, portée par l'essor continu de l'intelligence artificielle. Cette dernière a clairement fait la différence cette semaine, permettant aux marchés américains d'inscrire de nouveaux records historiques malgré les turbulences persistantes au Moyen-Orient.

Le symbole de cette dynamique a été Micron, dont la capitalisation boursière a franchi pour la première fois le seuil des 1 000 milliards de dollars, entraînant dans son sillage l'ensemble du secteur des semi-conducteurs.

Les marchés asiatiques les plus exposés à cette thématique en ont pleinement bénéficié : le Kospi coréen a progressé de 2,5 %, le TAIEX taïwanais de 1,7 %, tandis que le Topix japonais affiche désormais une hausse de 6,2 % sur le mois de juin.

Les marchés européens ont présenté un tableau plus contrasté. Ils restent pénalisés par leur retour à proximité des niveaux observés avant le conflit, par des anticipations de bénéfices encore jugées optimistes et par la forte sensibilité de l'économie européenne aux prix de l'énergie. L'Europe demeure ainsi dans l'attente d'un véritable catalyseur, qui pourrait provenir d'une confirmation officielle de la réouverture du détroit d'Ormuz.

Le marché du crédit européen a suivi, avec un léger décalage, l'amélioration du sentiment géopolitique. L'indice iTraxx Crossover s'est resserré de manière continue pour revenir à des niveaux proches de ceux observés avant le conflit. Cette évolution laisse toutefois peu de potentiel de compression supplémentaire, notamment si l'accord tarde à se concrétiser ou si la question du programme nucléaire iranien réapparaît comme facteur de risque dans les prochaines semaines.

Sur les marchés de matières premières, le pétrole a constitué le principal fait marquant de la semaine. Le Brent a reculé de 17,6 % sur le seul mois de juin, ramenant le baril à son plus bas niveau depuis la mi-avril. Les investisseurs anticipent désormais une réouverture prochaine du détroit d'Ormuz et, par conséquent, un retour à la normale des flux pétroliers mondiaux. Le gaz naturel européen (TTF) a également poursuivi son repli. À l'inverse, l'or a connu une semaine plus volatile, pénalisé par la résilience du dollar et la remontée des taux réels.

 

CHANGE : La géopolitique ronge la superbe du dollar

Si un jour il fait 35 °C à Noël, il y aura encore des gens pour t’expliquer qu’en 1976 aussi, on a eu très chaud. Surtout que nous venons probablement de vivre l’un des mois de mai les plus frais... du reste de notre vie.

Sur le marché des changes, le dollar a enregistré une performance positive sur l'ensemble du mois de Mai. Toutefois, plusieurs signes de retournement sont apparus en fin de semaine, les espoirs de désescalade au Moyen-Orient réduisant progressivement la demande pour les valeurs refuges.

La paire EUR/USD a ainsi progressé, soutenue par la perspective de plus en plus probable d'un resserrement supplémentaire de la politique monétaire de la BCE lors de sa prochaine réunion.

La livre sterling a en revanche sous-performé. Les déclarations du gouverneur Andrew Bailey ont pesé sur la devise, ce dernier ayant réaffirmé qu'il n'y avait pas d'urgence à relever les taux de la Banque d'Angleterre malgré une inflation toujours supérieure à la cible. Il a notamment mis en avant les incertitudes liées au contexte géopolitique ainsi que la faiblesse persistante de la croissance britannique.

Le yen demeure sous pression. Le ministère japonais des Finances a révélé avoir dépensé 11 735 milliards de yens entre le 28 avril et le 27 mai afin de freiner la dépréciation de la devise, un montant record qui témoigne de la détermination des autorités à limiter la faiblesse du yen face au dollar.

Le dollar australien a légèrement sous-performé après la publication d'un chiffre d'inflation pour le mois d'avril inférieur aux attentes. Cette statistique a conduit les marchés à réduire leurs anticipations de resserrement monétaire de la Reserve Bank of Australia d'ici la fin de l'année.

À l'inverse, le dollar néo-zélandais s'est imposé comme la devise la plus performante du G10 cette semaine. La paire NZD/USD a progressé de 0,7 %, se rapprochant de la résistance psychologique des 0,60. La banque centrale néo-zélandaise a maintenu ses taux inchangés tout en adoptant un ton plus restrictif, révisant à la hausse sa trajectoire future de taux directeurs.

La couronne suédoise est restée sous pression. Les dernières statistiques ont confirmé un ralentissement de l'économie suédoise, avec un PIB du premier trimestre en recul de 0,2 % en rythme trimestriel et des ventes au détail stagnantes en avril malgré les mesures de soutien à la consommation. Ces données contrastent avec les attentes qui faisaient de la Suède l'une des économies les plus dynamiques de la région cette année.

Du côté des devises émergentes, le won coréen et le dollar taïwanais ont poursuivi leur appréciation, bénéficiant directement de l'engouement des investisseurs pour le thème de l'intelligence artificielle et les valeurs technologiques asiatiques. La roupie indienne reste sous surveillance après l'intervention de la Reserve Bank of India, qui a conduit une opération de swap de 5 milliards de dollars afin de soutenir la devise. Enfin, le peso mexicain a légèrement progressé, porté par l'amélioration du sentiment de marché et par des différentiels de taux toujours attractifs.

TAUX : La BCE acculée a la hausse

Je ne comprends pas les ruptures de ventilateurs à chaque vague de chaleur. Les gens les jettent à la fin de la saison ou quoi ?

Les marchés obligataires européens terminent la semaine sur une nette détente des taux souverains, même si le parcours a été particulièrement heurté. Les investisseurs ont dû composer successivement avec les espoirs d'un accord au Moyen-Orient, les frappes américaines dans la région puis les déclarations résolument restrictives de plusieurs membres de la BCE.

Au terme de ces mouvements, le Bund allemand à 10 ans clôture la semaine à 2,94 %, contre près de 3,00 % une semaine plus tôt. L'OAT française à 10 ans termine à 3,57 % (-8 pb sur la semaine), tandis que le BTP italien à 10 ans s'établit à 3,69 %.

La partie courte de la courbe a été la plus volatile, illustrant la forte sensibilité des anticipations de politique monétaire aux développements géopolitiques. Les marchés attribuent désormais une probabilité de 91 % à une hausse de 25 points de base de la BCE lors de sa réunion du 11 juin, ce qui porterait le taux de dépôt à 2,25 %, contre une probabilité de seulement 77 % en début de semaine.

Cette réévaluation a été alimentée par plusieurs prises de parole convergentes des responsables de la BCE. Isabel Schnabel a notamment estimé qu'une hausse des taux resterait justifiée même en cas de résolution rapide du conflit, soulignant que la Banque centrale ne pouvait plus faire abstraction des risques inflationnistes. Philip Lane a, pour sa part, évoqué des révisions haussières des prévisions d'inflation lors des projections de juin et mis en garde contre d'éventuels effets de second tour. Enfin, les minutes de la réunion d'avril ont révélé que le maintien des taux avait fait l'objet d'un débat particulièrement serré, le centre de gravité des discussions se déplaçant désormais du principe d'un resserrement vers son calendrier.

La dynamique de la courbe euro a également été marquée par une tension persistante sur les maturités longues. Cette évolution reflète une remontée des primes de terme et traduit probablement une vigilance accrue des investisseurs face aux risques budgétaires et inflationnistes de long terme.

Aux États-Unis, les taux souverains ont également reculé sur la semaine, mais dans des proportions plus limitées. Le rendement du Treasury à 10 ans termine autour de 4,44 %. Les chiffres du PCE d'avril ont confirmé une inflation toujours supérieure à l'objectif de la Réserve fédérale, mais le Dallas Fed Trimmed Mean PCE , mesure préférée du président Warsh, a livré un signal plus rassurant quant à la dynamique sous-jacente des prix.

 

Dans ce contexte, les anticipations de resserrement monétaire se sont nettement normalisées. La probabilité implicite d'une hausse des taux de la Fed d'ici la fin de l'année est passée de 95 % en début de semaine à 66 % vendredi. Ce réajustement a contribué à relâcher la pression sur le dollar et a constitué un soutien supplémentaire pour les marchés actions.

Bonne semaine à tous