Cross-Asset : Ormuz rythme les portefeuilles
Si on pouvait un peu temporiser avec cette histoire de hantavirus, je ne retrouve plus ma machine à pain.
Les marchés actions ont navigué à vue toute la semaine, le flux géopolitique autour du détroit d'Ormuz dictant le tempo bien plus que les fondamentaux.
Avec la suspension du « Project Freedom » et les déclarations trumpiennes évoquant de « grands progrès » dans les négociations, le S&P 500 et le Nasdaq ont atteint de nouveaux records, à mesure que la probabilité d’une réouverture du détroit remontait. La rotation sectorielle a été nette : tourisme, loisirs et banques ont repris de la couleur, tandis que l’énergie est restée dans le rouge. En Europe, le luxe, l’automobile et le crédit corporate ont accompagné ce rebond de l’espoir.
Les États-Unis affichent une surperformance géographique claire et demeurent la préférence des marchés, même si la saison des résultats apporte son lot de chocs microéconomiques (HSBC et PayPal dans le négatif ; AMD et Disney dans le positif).
Sur le crédit, l’iTraxx Crossover a fidèlement illustré les humeurs de la semaine, avant de se stabiliser autour de 279 pb en fin de période, soit environ 10 pb sous son niveau du début de semaine. La dispersion sectorielle des spreads est restée faible côté Investment Grade, avec une légère sous-performance du secteur technologique et une surperformance de l’Oil & Gas malgré la baisse du Brent.
Le Brent a été la principale variable de la semaine, et son amplitude en témoigne : ouverture autour de 105 $/b, pic à 115 $ mardi au plus fort des tensions, repli à 97 $ jeudi après les espoirs de compromis, puis rebond à 101,5 $ vendredi sur l’impatience américaine. Le gaz européen TTF a suivi la même trajectoire. L’or, pénalisé lundi par la double pression d’un dollar fort et de taux souverains en hausse, a reculé à 4 535 $/once avant de reprendre du terrain en fin de semaine.
Change :Le dollar entre deux feux (Iran et Fed)
J'aime bien le PSG mais un jour férié pour fêter la qualification en finale ça va loin quand même !
La physionomie hebdomadaire du marché des changes reflète deux forces antagonistes : la géopolitique (qui joue contre le dollar via l’appétit pour le risque) et des données américaines solides, qui maintiennent vivant le scénario de hausses de la Fed et soutiennent le billet vert.
L’EUR/USD est progressivement remonté vers 1,177–1,178 en fin de semaine, au gré des espoirs d’accord. La monnaie unique n’enregistre toutefois ni rupture haussière décisive ni dégradation marquée.
La livre sterling a connu une semaine mouvementée sous l’effet des élections locales : le Parti travailliste a perdu environ les trois quarts de ses sièges de conseil. La devise est néanmoins restée solide après les déclarations de Starmer affirmant sa volonté de se maintenir, tandis que les taux longs britanniques reculaient.
Le yen a occupé une place à part. Avec les marchés japonais fermés pour la Golden Week, le ministère des Finances est vraisemblablement intervenu à hauteur d’environ 34,5 Md$ (un montant comparable aux interventions de 2024), permettant au yen de se raffermir brièvement jusqu’à 155 en milieu de semaine.
Le franc suisse a maintenu son statut de valeur refuge, laissant la BNS confortable dans sa posture d’attente.
Le dollar australien s’est inscrit dans une belle trajectoire haussière. La RBA a relevé ses taux de 25 pb à 4,35%, comme attendu, soutenue à la fois par l’optimisme géopolitique et par le bilan énergétique positif de l’Australie.
Le couronne Norvégienne a surperformé en milieu de semaine : la Norges Bank a surpris avec une hausse de 25 pb à 4,25%, venant s’ajouter à la balance énergétique favorable de la Norvège.
À l’opposé, la couronne suédoise a sous-performé après un CPI d’avril décevant. La Riksbank a maintenu, sans surprise, ses taux à 1,75% pour la cinquième réunion consécutive, avec un biais attentiste.
Du côté des émergents, le peso mexicain a été soutenu par une banque centrale (Banxico) qui a délivré une dernière baisse de 25 pb avant de pivoter vers un biais de statu quo.
Le ringgit malaisien a effacé ses pertes liées au conflit, Bank Negara maintenant son taux à 2,75% avec un biais neutre.
Le zloty polonais a bénéficié de taux réels positifs, la NBP maintenant son taux à 3,75% après un cycle de baisse de 200 pb.
Enfin, le yuan chinois a reculé en fin de semaine, Pékin rejoignant la pression diplomatique en faveur d’une résolution rapide du conflit.
Taux : Le retour de la pente
IKEA c’est le seul escape game où on repart avec des bougies chauffe plats.
La dynamique de la semaine s’est articulée autour d’un double mouvement : une remontée des rendements lundi sur fond de tensions au Moyen-Orient, puis une détente progressive à partir de mercredi. Le Bund a terminé la semaine à 2,99%, l’OAT à 3,61% et le BTP à 3,72%. Le spread OAT/Bund s’est resserré d’environ 3 pb sur la semaine, tandis que le BTP/Bund s’est contracté plus nettement avec le retour de l’appétit pour le risque.
L’ensemble de la semaine se lit ainsi comme un mouvement marqué de re-pentification de la courbe swap euro, le long terme reprenant de l’air face au court terme à mesure que les pressions inflationnistes immédiates s’atténuent et que les anticipations de resserrement monétaire de la BCE sont réévaluées.
Les interventions des membres du Conseil des gouverneurs ont rythmé la semaine. Kazimir juge une hausse en juin « quasi inévitable », tandis que Cipollone et Kocher évoquent également un resserrement si la situation perdure. À l’inverse, Villeroy appelle à la prudence et défend une approche guidée par les données. Le marché anticipe désormais environ 56 pb de hausses de la BCE sur les douze prochains mois.
La trajectoire a été similaire aux États-Unis : hausse des taux lundi, puis repli progressif en fin de semaine. Les chiffres de l’emploi d’avril ont confirmé la résilience du marché du travail sans provoquer de mouvement de taux significatif. Au sein de la Fed, les divergences de ton restent visibles : Collins, Hammack et Kashkari auraient préféré ne pas conserver de biais accommodant dans le communiqué d’avril, soulignant la persistance des pressions inflationnistes.
Bonne semaine à tous






