CROSS ASSET : Début de rémission ?
Je ne suis pas un expert mais ce détroit qu'on ouvre, qu'on ferme, qu'on rouvre et qu'on referme, je me dis qu'une chatière à 15 euros chez Leroy Merlin aurait réglé le problème plus vite qu'un porte-avions!
La semaine s’est ouverte dans un climat de tension, le blocage américain du détroit d’Ormuz pesant sur les indices européens. La dynamique s’est ensuite nettement améliorée : dès mardi, le S&P 500 repassait au-dessus de ses niveaux pré-conflit, porté par les espoirs de désescalade et la thématique de l’IA.
L’annonce de la réouverture du détroit vendredi a déclenché un rally final puissant : le Nasdaq-100 signe la meilleure performance de la semaine, tiré par le secteur technologique, dont les valorisations sont redevenues attractives. Les petites capitalisations américaines retrouvent également une dynamique positive, à mesure que les craintes sur le crédit privé se dissipent progressivement.
La saison des résultats a donné lieu à des arbitrages marqués : Citigroup, BlackRock et PepsiCo ont agréablement surpris, tandis que Goldman Sachs reculait malgré des résultats solides et que Wells Fargo décevait, révélant une exposition de 36 Md$ au crédit privé. Les valeurs du luxe européen ont constitué le principal point noir, pénalisées par la faiblesse des ventes au Moyen-Orient.
Sur le crédit, l’iTraxx Crossover (Indice CDS européen sur des émetteurs High Yield) s’est significativement resserré au cours de la semaine, passant d’environ 297 pb à 277 pb vendredi. Les indices CDS et cash ont quasiment effacé l’intégralité de l’élargissement post-déclenchement du conflit pour l’Investment Grade et s’affichent désormais stables depuis le début de l’année. Les financières ont surperformé les non-financières sur la période, tandis que l’ensemble des secteurs affiche un resserrement des spreads.
La réouverture du détroit par Téhéran vendredi a provoqué une chute de 10,2 % du pétrole en une seule séance, ramenant le Brent à 89,2 $/b, son plus bas niveau depuis le 10 mars.
Le gaz européen a suivi le même mouvement, clôturant à 39,0 €/MWh vendredi, soit une baisse de 37 % depuis le pic du 19 mars.
L’or a évolué dans une fourchette plus resserrée, autour de 4 815–4 870 $/once en fin de semaine, restant encore éloigné de ses niveaux d’avant-conflit.
CHANGE : dollar sous pression
Jésus transformait l'eau en vin. Trump transforme les détroits en parkings à bateau. Il faudrait essayer de le faire marcher sur l'eau au milieu de l’océan …pour voir !
Le dollar a terminé sa troisième semaine consécutive de baisse. La vision structurellement baissière sur le billet vert repose sur trois piliers : l’effritement de la confiance dans la politique commerciale américaine, la dégradation de la crédibilité budgétaire et la politisation croissante de la Fed.
L’euro a progressé de manière régulière tout au long de la semaine, porté par l’apaisement géopolitique progressif, une révision à la baisse des anticipations de hausse de la BCE, ainsi que par la faiblesse structurelle du dollar.
Le yen a évolué dans une fourchette étroite, sans tendance claire. La solidité des rendements américains a pesé sur la devise, tandis que les menaces d’intervention des autorités japonaises et l’anticipation d’un prochain resserrement de la BoJ ont limité la baisse.
La livre sterling a oscillé sans parvenir à consolider ses gains. La controverse autour de la nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur aux États-Unis a pesé sur la devise. Les anticipations de hausse de la BoE sont revenues à 30 pb sur les swaps à douze mois, offrant un soulagement partiel.
La devise australienne a connu un début de semaine difficile : les chiffres de l’emploi de mars ont renforcé les anticipations d’une nouvelle hausse de la RBA lors de sa réunion du 5 mai.
Le chinese yuan s’est apprécié en début de semaine, le dollar touchant des plus bas face à la devise chinoise après la publication décevante des exportations. Une appréciation du yuan pourrait s’inscrire dans la stratégie chinoise de rééquilibrage vers la demande intérieure.
La Monetary Authority of Singapore a répondu aux attentes en resserrant légèrement sa politique, dans un contexte d’inflation révisée à la hausse.
Le peso mexicain a poursuivi son appréciation, soutenu par l’amélioration globale du sentiment de risque, malgré des tensions commerciales persistantes autour des règles d’origine de l’USMCA.
TAUX : Banques centrales en mode attente
Je déclare ouverte la saison des "je-sors-les-deux-jambes-de-la-couette-je-les-rerentre-j'en-sors-qu'une-je-change-de-jambe-je-la-rentre-je-sors-les-deux-jambes-de-la-couette"
Les taux souverains européens ont étroitement suivi l’évolution du contexte géopolitique. En début de semaine, la remontée du pétrole au-delà de 100 $/b a exercé une pression haussière sur les taux, avant que la réouverture du détroit vendredi ne déclenche une compression marquée. Le Bund 10 ans est ainsi passé de 3,09 % lundi soir à 2,95 % vendredi, tandis que les spreads périphériques se sont modestement resserrés : OAT/Bund autour de 62–65 pb, BTP/Bund autour de 75–78 pb.
Les minutes de la BCE publiées jeudi ont confirmé que le Conseil des gouverneurs entendait préserver l’ensemble de ses options sans s’engager dans un cycle de resserrement, dans un contexte où l’inflation de mars a été révisée à la hausse à 2,6 % en zone euro (contre 2,5 % initialement estimé). Par ailleurs, la BCE poursuit la réduction de son bilan à un rythme soutenu, dans le cadre d’une politique monétaire qui demeure largement dépendante des données, notamment énergétiques.
Sur la courbe des swaps euro, la dynamique dominante de la semaine est celle d’une pentification graduelle, cohérente avec la révision à la baisse des anticipations de resserrement de la BCE. Cette évolution reflète deux forces opposées : le segment court se détend à mesure que les anticipations de hausse reculent (de 80 pb en début de semaine à moins de 60 pb cumulés pour 2026 en fin de semaine), tandis que le segment long reste davantage ancré, notamment sous l’effet des flux d’émissions primaires.
Le taux à 10 ans américain a évolué dans une fourchette relativement étroite (4,21 % – 4,29 %) tout au long de la semaine, la détente des prix du pétrole étant compensée par la prudence de la Fed. John Williams (Fed de New York) a réaffirmé que la politique monétaire était « bien positionnée » pour faire face à un choc d’offre prolongé, écartant toute anticipation de pivot rapide. La probabilité d’une baisse des taux directeurs de la Fed d’ici fin 2026 est ainsi passée de 35 % jeudi à 67 % vendredi, à la suite de la réouverture du détroit.
Bonne semaine à tous






