CROSS ASSET : Entre résilience de façade et capitulation progressive !
C'est pas Chuck Norris qui est mort, c'est la Mort qui est Chuck Norris…RIP Chuck
Les marchés actions ont traversé une semaine en forme de V inversé. Les indices européens ont d’abord rebondi en début de période (portés par la détente sur les prix de l’énergie et l’apaisement des craintes sur le crédit privé) avant de rendre l’ensemble de leurs gains. Le Stoxx Europe 600 affiche ainsi une baisse de -9,6 % depuis le 27 février.
Les indices américains ont mieux résisté, toujours soutenus par la thématique IA (contrat Nebius/Meta, autorisation des puces Nvidia en Chine, premières monétisations affichées par Alibaba et Tencent). Les arbitrages sectoriels sont toutefois restés brouillés tout au long de la semaine (l’énergie surperformant paradoxalement malgré le recul du pétrole en début de période) avant qu’une défiance généralisée ne s’installe vendredi, avec l’ensemble des secteurs dans le rouge, y compris les valeurs défensives.
Les marchés de crédit ont fait preuve d’une résistance relative, qui masque néanmoins une dégradation progressive. Les indices restent pour l’instant résilients, avec un écartement contenu, mais la tendance sous-jacente est clairement à la détérioration.
Les catalyseurs se sont enchaînés : frappes sur le gisement de South Pars, dommages au terminal qatari de GNL, attaques sur une raffinerie koweïtienne. Le Brent a atteint un pic à 119 $/b jeudi, avant de se stabiliser autour de 109 $/b vendredi, au gré des nouvelles en provenance du Moyen-Orient. Le gaz européen TTF a suivi une trajectoire similaire.
Enfin, l’or constitue la principale déception : malgré son statut de valeur refuge, il recule, pénalisé par la remontée des taux réels, le renforcement du dollar et des prises de profit ….pour couvrir les pertes ailleurs !
CHANGE : Le dollar reprend la main !
Je connaissais le Cuba Libre ...mais c'est quoi ce nouveau cocktail le France Libre ?
Le dollar progresse, dans un marché des changes désormais largement réorganisé autour du « repricing » inflationniste global.
L’euro a évolué dans une large fourchette de 1,143 à 1,162, porté initialement par la conférence de presse jugée restrictive de Lagarde, avant de revenir vers le bas de la fourchette en fin de semaine.
La livre sterling a enregistré la plus forte volatilité, à la suite de la surprise restrictive de la BoE (vote 9-0, avec des membres évoquant explicitement de futures hausses), avant de se stabiliser également en fin de période.
Le yen est resté sous tension autour du seuil psychologique des 160 (niveau qui avait déclenché une intervention en juillet 2024). Le marché anticipe désormais quasiment une hausse de taux de la BoJ dès juillet.
Le dollar australien a été soutenu par une hausse surprise de 25 pb de la RBA (vote serré 5-4), tandis que le dollar néo-zélandais a reculé dans un contexte de vigueur généralisée du billet vert.
Le dollar canadien est resté globalement stable, la Banque du Canada (BoC) maintenant ses taux pour la troisième réunion consécutive. Par ailleurs, le dollar canadien et la couronne norvégienne sont perçus comme des couvertures naturelles en cas de choc énergétique prolongé.
Le franc suisse s’est apprécié, malgré les signaux de la Banque nationale suisse (BNS) exprimant son opposition à une appréciation excessive de la devise.
Enfin, le réal brésilien a bénéficié d’une première baisse de 25 pb de son taux directeur (Selic à 14,75 %) par la banque centrale (BCB), qui a toutefois adopté un ton prudent face aux risques inflationnistes.
La roupie indonésienne est restée stable, la Bank Indonesia maintenant ses taux à 4,75 %.
TAUX : Aplatissement brutal !
On m’a raconté une blague sur l’essence… même pas jerricané.
La semaine s’est soldée par une hausse généralisée des taux, particulièrement marquée sur le court terme, dans le sillage des frappes sur South Pars et de chiffres d’inflation américains supérieurs aux attentes.
Aux États-Unis, le 2 ans a bondi de +51 pb depuis le début du conflit pour atteindre 3,89 %, tandis que le 10 ans progresse de +43 pb à 4,38 %. La Fed a maintenu ses taux dans la fourchette 3,50 %–3,75 % (vote 9-3), avec un dot plot signalant une seule baisse en 2026 (contre deux attendues fin février). Le marché intègre désormais environ 50 % de probabilité d’une hausse d’ici octobre.
Au Royaume-Uni, le mouvement est le plus spectaculaire : +30 pb sur le 2 ans sur la semaine, après la décision de la banque centrale (vote 9-0). Les marchés anticipent désormais plus de trois hausses de 25 pb d’ici fin 2026, malgré les tentatives de la banque centrale de tempérer ces attentes.
En Europe, le Bund allemand à 10 ans clôture à 3,04 % (+40 pb depuis le 27 février, dont +9 pb vendredi). Les anticipations d’inflation à 10 ans ont progressé de +46 pb depuis le début du conflit. En France, l’OAT 10 ans termine autour de 3,75 %, tandis que le BTP italien clôture à 3,96 %, traduisant un élargissement des spreads périphériques en fin de semaine.
Sur la courbe swap euro, le mouvement dominant a été un aplatissement marqué en seconde partie de semaine (bull flattening). La pente 2/10 ans est passée de 36,3 pb lundi à 21,8 pb en fin de semaine, et la pente 2/5 ans de 12,5 pb à 4,5 pb.
Le repricing des anticipations de la BCE a été particulièrement rapide : d’environ 40 pb de hausses attendues en début de semaine, les marchés monétaires intègrent désormais trois hausses de 25 pb, avec une probabilité supérieure à 50 % pour une quatrième.
Enfin, la BCE a maintenu ses taux inchangés, mais a durci son diagnostic (inflation attendue à 2,6 % en 2026, croissance abaissée à 0,9 %). Certaines sources proches du Conseil des gouverneurs évoquent même la possibilité d’une hausse dès le 30 avril.
Bonne semaine à tous






