Lettre Hebdo des marchés semaine 10: «Sorry, we are closed »

Cross Asset : Choc énergétique et géopolitique

C'est une bonne situation ça, litre d'essence ?

La semaine a été dominée par l’escalade des tensions au Moyen-Orient, exacerbée par une flambée des prix de l’énergie, provoquant une volatilité soutenue sur l’ensemble des marchés financiers. Les investisseurs ont rapidement intégré le risque d’une perturbation durable des flux pétroliers, notamment via le détroit d’Ormuz, qui concentre près d’un cinquième de l’offre pétrolière mondiale.

Les marchés actions ont été fortement impactés. En Europe, le Stoxx Europe 600 a reculé de près de 6 % sur la semaine, le CAC 40 perdant plus de 5 %. La quasi-totalité des secteurs s’est inscrite en territoire négatif, à l’exception des valeurs énergétiques dont les gains ont été limités par la crainte d’un choc macroéconomique durable. Aux États-Unis, le S&P 500 et le Nasdaq-100 ont cédé respectivement 1,7 % et 1,5 %, après avoir initialement résisté en début de semaine grâce à la bonne tenue de certaines valeurs technologiques et de défense. En Asie, la performance a été plus contrastée : le Topix japonais et l’ASX 200 australien ont reculé respectivement de 4 % et 3,5 % sur la semaine, tandis que l’indice Hang Seng à Hong Kong a limité ses pertes à 2,6 %.

Le marché du crédit a également subi les tensions, avec un élargissement marqué des spreads. L’indice iTraxx Crossover a atteint son plus haut niveau depuis l’automne précédent, tandis que l’iTraxx Main a progressé de 6 points de base. Les obligations libellées en dollars ont surperformé leurs équivalents en euros, reflétant l’exposition plus forte de l’Europe aux importations énergétiques. Les secteurs Oil & Gas ont bénéficié d’une relative protection dans l’univers investment grade, tandis que les segments aérien et transport maritime ont connu des tensions sur les spreads. On notera enfin que le géant mondial de la gestion d'actifs, BlackRock,  limite les retraits sur l'un de ses principaux fonds de crédit privé !

Les matières premières ont été le moteur principal des mouvements de marché. Le Brent a grimpé de près de 30 % sur la semaine pour atteindre 91,8 dollars le baril, tandis que le gaz européen TTF s’appréciait de plus de 60 %, reflétant l’inquiétude croissante liée à la sécurité des flux énergétiques. L’or, valeur refuge traditionnelle, a enregistré une baisse hebdomadaire, pénalisé par la remontée des taux souverains et la vigueur du dollar.

 

Change : Dollar fort

Finalement, je ne suis pas trop mécontent d’être influenceur en charentaises, espadrilles et autres chaussons à Angoulême quand je vois dans quelle galère se trouvent mes confrères à Dubaï.

Sur le marché des changes, le dollar américain s’est confirmé comme la valeur refuge par excellence. La devise progresse sur la semaine, soutenu par l’aversion au risque, la solidité des rendements américains et le rôle central du dollar dans le financement international.

L’euro a souffert du choc énergétique, reculant de près de 1,8 % face au billet vert pour évoluer autour de 1,16. La dépendance de la zone euro aux importations de pétrole et de gaz et les prévisions de croissance ralentie ont pesé sur la monnaie unique.

Parmi les autres devises majeures, la livre sterling a montré une certaine résilience, soutenue par la réduction des anticipations de baisse des taux de la Banque d’Angleterre. 

Le yen japonais reste sous pression, autour de 157-158 USD, la différence de taux avec les États-Unis limitant tout rebond significatif.

Les devises liées aux matières premières ont connu des trajectoires contrastées : Le Dollar Australien a reculé, pénalisé par l’aversion au risque, tandis que le dollar canadien et la couronne norvégienne ont bénéficié du rally du pétrole. Le peso mexicain a fortement reculé, sous l’effet de la demande accrue pour les actifs refuges. Le yuan offshore s’est stabilisé, reflétant la volonté de la Banque populaire de Chine de contenir la volatilité malgré un environnement international tendu.

Les devises émergentes liées aux matières premières ont donc été partiellement soutenues par la hausse des prix du pétrole, tandis que les monnaies plus sensibles au cycle économique ont pâti de la recherche de liquidité en dollars.

 

Taux : Remontée des rendements.

Les États-Unis ont quand même une sacrée baraka  : chaque fois qu’ils vont défendre la démocratie et la liberté, il se trouve qu’il y a aussi… du pétrole sous le sol. 

Les marchés obligataires ont poursuivi leur ajustement sous l’effet du choc énergétique et de la montée des anticipations inflationnistes. En zone euro, le Bund allemand à 10 ans a terminé la semaine à 2,86 %, l’OAT française à 10 ans à 3,51 % et le BTP italien à 10 ans à 3,565 %. Les maturités courtes ont connu une hausse encore plus nette, entraînant un aplatissement marqué de la courbe, en particulier sur le segment 2-10 ans, tandis que la pente 10-30 ans reste relativement stable. Le spread OAT/Bund s’est élargi à 65 pb, reflétant un risque perçu plus élevé sur la dette française.

Sur le marché des swaps en euros, les taux à court et moyen terme ont fortement progressé, tandis que les longs termes ont été moins impactés, reflétant la réévaluation rapide du risque inflationniste et la probabilité désormais élevée d’un resserrement monétaire de la BCE avant la fin de l’année. Les spreads d’asset swap se sont légèrement corrigés après les tensions initiales, traduisant une phase de respiration sur les marchés obligataires.

Aux États-Unis, la dynamique a été plus contrastée. Le Treasury à 10 ans s’établit autour de 4,13 %, après avoir initialement progressé sous l’effet du choc pétrolier, puis corrigé suite à des statistiques du marché du travail décevantes. Le 2 ans se situe à 3,51 %, confirmant un aplatissement progressif de la courbe des rendements.

Bonne semaine à tous