CROSS ASSET : De l’euphorie IA à la montée du risque géopolitique
« S’il faut récupérer les missiles iraniens pour les détruire…» Vladimir P.
La semaine s’est articulée autour de la poursuite du cycle d’investissement lié à l’intelligence artificielle et de la résurgence progressive des tensions géopolitiques au Moyen-Orient.
Les marchés américains ont d’abord prolongé leur rebond, portés par un regain d’optimisme sur l’intelligence artificielle. La publication de résultats solides de Nvidia, combinée au soutien des marchés asiatiques, a amplifié ce mouvement, avec une surperformance marquée des indices les plus exposés aux semi-conducteurs.
Cependant, la fin de semaine a été marquée par des prises de bénéfices significatives, notamment sur la technologie américaine. Malgré des fondamentaux jugés robustes, le compartiment IA a subi un mouvement de vente qui a ravivé le débat sur la profondeur réelle et la soutenabilité du cycle.
En Europe, la performance s’est révélée plus contrastée, mais globalement plus résiliente. Les banques ont alterné entre phases de tension liées au crédit privé américain et rebonds soutenus par des publications solides. Les télécoms, les utilities et certains segments défensifs ont pleinement joué leur rôle d’amortisseur.
Le crédit a constitué le véritable révélateur du changement de tonalité. Après une phase initiale de relative stabilité, les spreads se sont progressivement écartés, en particulier sur le High Yield et les indices Crossover. Les tensions observées dans le crédit privé américain, combinées à l’annonce de dispositifs de gestion de la liquidité par certains acteurs, ont ravivé les inquiétudes latentes concernant la valorisation et la liquidité du segment. Le High Yield montre désormais des signes de fragilisation plus marqués.
Le pétrole a retrouvé un rôle central dans la formation des anticipations macro-financières. Le Brent est revenu durablement au-dessus de 72 dollars le baril, soutenu par l’escalade des tensions entre Washington et Téhéran, l’instabilité régionale et les anticipations autour des décisions de l’OPEP+.
L’or s’est maintenu au-dessus de 5 200 dollars l’once, confirmant un repositionnement défensif des portefeuilles. Le mouvement apparaît davantage corrélé à la baisse des taux réels américains qu’à une révision haussière des anticipations d’inflation.
CHANGE : Divergences monétaires !
Apres la réélection surprise de Kim Jong-Un et dans ce monde un peu fou, l'une des choses les plus étrange est quand même que Kim Jong-Un fasse exécuter tout le monde...sauf son coiffeur!
Le dollar termine la semaine en légère hausse, malgré la détente des rendements américains. Cette configuration souligne que le soutien au billet vert provient principalement des flux refuges plutôt que d’un élargissement des différentiels de taux.
L’euro a évolué dans un corridor étroit autour de 1,18. Les données nationales d’inflation en zone euro n’ont pas modifié les anticipations concernant la BCE, maintenant la paire dans un régime de stabilité relative.
La livre sterling a légèrement sous-performé, pénalisée par un environnement politique domestique plus incertain et des indicateurs de confiance mitigés.
Le yen a oscillé dans la zone 155–156. Il s’est d’abord affaibli à la suite de signaux politiques prudents sur la normalisation monétaire, avant de se raffermir à la faveur de déclarations plus restrictives de certains membres de la Banque du Japon et d’une inflation à Tokyo légèrement supérieure aux attentes. Le marché anticipe désormais une probabilité accrue de resserrement au printemps, même si le calendrier demeure incertain.
Le dollar australien s’est maintenu autour de 0,71, soutenu par une inflation supérieure aux attentes et par une divergence persistante entre la RBA et la Réserve fédérale.
Le dollar néo-zélandais reste plus contraint, la banque centrale néo-zélandaise adoptant une posture prudente malgré des données domestiques ponctuellement solides.
Le dollar canadien est demeuré stable autour de 1,37, dans l’attente de statistiques domestiques jugées déterminantes.
Le yuan chinois poursuit son repli vers ses plus bas niveaux depuis 2023. La Banque populaire de Chine ajuste activement ses fixings et a ramené le ratio de réserves sur les forwards de change à 0 %, afin de gérer le rythme d’ajustement de la devise et d’encadrer les anticipations.
Le won coréen reste sous pression malgré la vigueur du marché actions local, pénalisé par des flux sortants vers les actifs américains.
Le peso mexicain consolide autour de 17,20, soutenu par des différentiels de taux attractifs mais limité par les incertitudes commerciales américaines.
Enfin, le franc suisse s’impose comme la devise refuge la plus performante de la semaine, progressant face à l’euro et au dollar à mesure que les tensions géopolitiques s’intensifient.
TAUX : US Treasury sous 4 %
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Le rendement du Treasury à 10 ans recule nettement, repassant sous le seuil symbolique des 4 % pour la première fois depuis plusieurs mois. Ce mouvement intervient malgré des données macroéconomiques robustes (emploi, confiance, inflation à la production) et un discours de la Fed globalement prudent. La baisse des breakevens d’inflation suggère que la détente provient principalement des taux réels, traduisant une demande accrue d’actifs refuges plutôt qu’une révision baissière des anticipations d’inflation. Le marché continue d’intégrer environ 50 points de base d’assouplissement d’ici la fin de l’année, dans un contexte de croissance toujours solide mais entourée d’incertitudes géopolitiques et financières.
Les rendements souverains européens ont suivi le mouvement américain de manière plus modérée. Le Bund s’est détendu, tandis que l’OAT et le BTP ont évolué sans tension notable, avec des spreads périphériques globalement contenus. La BCE maintient un discours vigilant, sans modification significative des anticipations pour 2026.
La courbe euro swap s’est progressivement aplatie sur l’ensemble de la semaine, avec un resserrement du segment 2/5 ans, une compression du 2/10 ans vers la zone des 50 points de base et un recul du 10/30 ans autour de 30 points de base.
La pente demeure positive, mais nettement comprimée par rapport au début du trimestre. Cet aplatissement traduit une stabilisation des anticipations de politique monétaire à court terme et une demande accrue de duration longue dans un environnement de croissance plus incertain. La contraction de la prime de terme reflète un marché qui privilégie la protection et anticipe davantage un scénario d’atterrissage en douceur qu’un choc inflationniste durable.
Bonne semaine à tous






