Lettre Hebdo des marchés semaine 04: U Turn

Cross Asset : Retour de la prime de risque

“In vino very tax”  Donald T.

La semaine a été dominée par un retour marqué de la prime d’incertitude, principalement alimenté par la volatilité géopolitique . Le point de départ a été la résurgence des tensions commerciales entre les États-Unis et l’Union européenne sur le dossier groenlandais. 

Cette dégradation a été amplifiée par l’explosion de la volatilité sur les taux japonais, qui a agi comme un véritable catalyseur global affectant l’équilibre général des marchés.

Sur les marchés actions, la semaine a été marquée par une forte dispersion géographique et sectorielle. Les marchés européens terminent globalement en léger retrait. Les secteurs cycliques exposés au commerce mondial  ont été les plus pénalisés, avant de rebondir partiellement. À l’inverse, les valeurs défensives ont joué leur rôle amortisseur. Le luxe européen, déjà fragilisé par des considérations de valorisation, a continué de sous-performer.

Aux États-Unis, la dynamique apparaît plus résiliente, portée par le compartiment technologique. Le Nasdaq bénéficie du soutien renouvelé de la thématique intelligence artificielle (Nvidia)

Le crédit reflète fidèlement cet environnement de risque mesuré. Après un élargissement en début de semaine lié au pic de tensions géopolitiques, les indices se stabilisent : L’Investment Grade affiche un léger resserrement sur la semaine, alors que le High Yield s’écarte marginalement, traduisant une exigence accrue de prime de risque .

Le pétrole s’inscrit en nette hausse sur la semaine avec un centre de gravité des tensions internationales qui s’est deporté  vers le Moyen-Orient en fin de semaine , tandis que le gaz européen rebondit sensiblement ravivant les anticipations inflationnistes de court terme.  En parallèle, l’or a signé une performance exceptionnelle, inscrivant de nouveaux plus hauts historiques. Ce mouvement semble maintenant dépasser largement une logique de simple aversion au risque.

 

Change :  Le dollar perd son statut 

Lors de son incohérence de presse, Trump a mélangé le Groenland et l’Islande. Incapable d’admettre l’erreur, il finira sans doute par vouloir envahir l’Islande aussi : de quoi commencer à s’inquiéter pour Disneyland, les Yolande, les Rolande… et les Landes !

Le marché des changes a été drivé par l’érosion progressive du dollar américain. Sur la semaine, le billet vert recule de manière significative, pénalisé par la combinaison d’une incertitude politique accrue aux États-Unis, d’un environnement géopolitique instable et de la perception d’une Réserve fédérale proche de la fin de son cycle restrictif. 

Dans ce contexte, les devises refuges ont connu des trajectoires contrastées. Le franc suisse s’est initialement apprécié lors des phases de stress, avant de reperdre du terrain à la faveur d’une communication très accommodante de la Banque centrale (BNS), qui a explicitement relativisé le risque lié à une inflation négative prolongée. 

Le yen japonais, quant à lui, est resté au cœur de la volatilité mondiale, tiraillé entre son statut de valeur refuge et la violence des mouvements observés sur la partie longue de la courbe des taux .

L’euro ressort comme l’un des bénéficiaires relatifs de la semaine. Il profite à la fois de l’affaiblissement du dollar et de l’apaisement partiel des tensions géopolitiques européennes évoqué à Davos. 

Le dollar australien et le dollar néo-zélandais ont surperformé, portés par des données domestiques solides et des banques centrales perçues comme plus restrictives que leurs homologues. 

La livre sterling, après une phase de faiblesse, a retrouvé un certain soutien grâce à des indicateurs d’activité meilleurs qu’attendu, repoussant les anticipations de baisse de taux de la BoE.

Enfin, la faiblesse du dollar a également profité aux devises asiatiques et émergentes, en particulier celles exposées à la chaîne de valeur technologique. Le won coréen et le dollar taïwanais illustrent cette dynamique, en cohérence avec la bonne tenue des marchés actions régionaux.

 

Taux : Tensions latentes sur la courbe

En cette période de tartiflette et de raclette, les nutritionnistes doivent faire un pas vers nous et classer les pommes de terre parmi les légumes!

Sur les marchés de taux, la semaine a été marquée par une stabilité relative des rendements souverains cœur, masquant toutefois des ajustements plus fins sur la structure des courbes, en particulier sur le segment des taux swap, devenus le principal terrain d’expression des anticipations de politique monétaire.

En zone euro, les rendements souverains ont connu des évolutions modérées, le Bund à 10 ans progressant légèrement sur la semaine. En revanche, la courbe des taux swap EUR a montré des signaux plus lisibles. Après les tensions observées ces dernières semaines, la courbe s’est légèrement « pentifiée », reflétant un certain apaisement sur le front inflationniste, tandis que les maturités longues intègrent davantage de prime de terme, en lien avec les enjeux budgétaires et l’augmentation structurelle de l’offre de dette.

Sur ce point que la France a concentré l’attention des investisseurs. La compression du spread OAT-Bund à 10 ans, consécutive à l’adoption du budget a offert un soulagement ( temporaire ?) aux marchés.

 Aux États-Unis, le rendement du Treasury à 10 ans est resté contenu autour de 4,20–4,25%, les investisseurs se positionnant avec prudence à l’approche de la réunion du FOMC ce mercredi . Les données macroéconomiques publiées confirment un scénario de croissance modérée mais résiliente, sans fournir d’argument clair en faveur d’un assouplissement monétaire imminent. Cette attente se reflète sur la courbe des taux swap USD, qui reste globalement plate à légèrement inversée sur les maturités intermédiaires, traduisant une vision toujours prudente sur le cycle de baisse des des taux de la Fed.

Bonne semaine à tous