Lettre Hebdo des marchés semaine 02: Vigilance Orange

Cross Asset : Géopolitique, désinflation et records

Du coup, il leur reproche quoi au Groenland, Trump ? D’inonder les États-Unis de Mister Freeze ?

La semaine marque le retour en force de la géopolitique, avec l’intervention américaine au Venezuela qui rebat les cartes du marché pétrolier mondial. Cette recomposition du paysage énergétique installe une prime de risque durable sur le Brent. Le Brent a évolué dans une volatilité élevée, soutenu par les tensions persistantes en Iran, en Ukraine et en Russie, mais plafonné par la perspective d’une montée en puissance (très ?) progressive du Venezuela, posant un défi structurel à l’OPEP+ et à sa capacité à piloter les prix à moyen terme.

Malgré cet environnement géopolitique sous haute tension, les marchés actions ont fait preuve d’une remarquable résilience. Les indices européens et américains ont poursuivi leur trajectoire haussière et inscrit de nouveaux records historiques en fin de semaine, portés par une conjonction de facteurs macroéconomiques et sectoriels favorables.

L’autre évènement  de la semaine est la confirmation du reflux marqué de l’inflation en Europe qui conforte un scénario de statu quo prolongé de la BCE. Dans ce contexte, les marchés européens ont surperformé Wall Street, portés par une thématique de diversification géographique de plus en plus présente dans les allocations globales. 

Les indices asiatiques ont également continué de bénéficier de flux positifs, en particulier en Corée et à Taïwan, soutenus par la dynamique de la technologie.

Du coté des secteurs, la technologie est comme bien souvent restée la locomotive des marchés mondiaux, (portée par TSMC et ASML). L’énergie et les matières premières ont également surperformé, soutenues par la remontée du Brent et du gaz européen et la défense s’impose désormais comme un thème structurel, portée par la montée des tensions internationales et la perspective d’une hausse durable des budgets militaires occidentaux.

L’or a continué sa progression vers ses sommets historiques autour de 4 500 dollars l’once alors que le cuivre s’inscrit solidement au-dessus de 13 000 dollars la tonne. 

Sur le crédit, l’appétit pour le risque demeure intact malgré le contexte géopolitique. Les meilleurs spreads (Investment Grade) se resserrent marginalement tandis que le High Yield affiche une dynamique plus favorable.

 

Change : Dollar pivot, euro fragile

Pour paralyser la France, les agriculteurs, les gilets jaunes ou les cyberattaques russes ne feront jamais mieux que 1 cm de neige  à une heure de pointe!

Sur le marché des changes, le dollar termine plus ferme, soutenu par la résilience de l’économie américaine, par la remontée du taux à deux ans et par des chiffres de l’emploi jugés globalement rassurants.

L’euro a été pénalisé par la confirmation du reflux de l’inflation en France et en Allemagne, qui renforce l’idée d’une BCE durablement en pause. La monnaie unique a ainsi glissé vers la zone des 1,16 dollar.

La livre sterling est restée relativement stable autour de 1,34–1,35 dollar, tandis que le dollar australien a résisté au-dessus de 0,67, soutenu par le maintien d’une inflation supérieure à la cible de la Banque Centrale.

Le yen s’est en revanche nettement affaibli, atteignant un plus bas d’un an face au dollar, pénalisé par les incertitudes politiques japonaises et par la lenteur de la normalisation monétaire de la Banque du Japon. Une faiblesse prolongée pourrait raviver les craintes d’intervention des autorités.

Sur les devises émergentes, le ton est resté globalement stable mais très sélectif. Le renminbi offshore est demeuré proche de 7,00 face au dollar, soutenu par une politique monétaire très accommodante de la banque centrale chinoise (PBoC). Le won coréen a bénéficié des flux vers la technologie, tandis que les devises asiatiques les plus cycliques ont légèrement sous-performé. En Amérique latine, l’attrait du portage (différentiel de taux attractif pour ces devises) demeure, mais dans un cadre d’exposition toujours prudente.

 

Taux :Désinflation européenne !

Galette des rois avec mon dentiste : j'ai eu la couronne...mais il me l'a fait payer ! 

La semaine consacre une divergence de plus en plus marquée entre les marchés obligataires européens et américains, reflet de trajectoires macroéconomiques et monétaires désormais différenciées.

En zone euro, la confirmation du reflux de l’inflation de décembre a profondément modifié la perception du cycle monétaire. Le scénario d’un statu quo prolongé de la BCE s’est imposé comme le nouveau consensus. Les marchés monétaires n’intègrent plus aucune hausse de taux en 2026 et repoussent désormais toute normalisation à 2027. Ce recalibrage s’est traduit par une détente généralisée des rendements souverains et par un mouvement de bull flattening (aplatissement par les taux court ) de la courbe. 

Effectivement, la dynamique de la courbe des taux en Europe s’inscrit dans un mouvement de détente marquée des maturités courtes portée par l’ancrage d’un statu quo prolongé de la BCE, tandis que le long de la courbe reste soutenu par les besoins de financement publics et la réduction du bilan de l’Eurosystème.

Le Bund à dix ans évolue désormais autour de 2,80–2,85 %, l’OAT française autour de 3,50–3,55 % et le BTP italien proche de 3,50 %. Les spreads périphériques( différence entre les taux allemand et les autres pays de UE) sont restés bien contenus, dans un contexte de forte activité primaire et de poursuite de la réduction du bilan de la BCE.

Aux États-Unis, la dynamique apparaît sensiblement différente. Les statistiques publiées au cours de la semaine ont confirmé la solidité de l’activité, avec un ISM services robuste, une productivité exceptionnelle, une amélioration marquée de la balance commerciale et un marché du travail toujours résilient, marqué par une accélération des salaires. Dans ce contexte, la Fed se rapproche de son taux neutre mais conserve une posture prudente. Les investisseurs continuent d’anticiper environ 50 points de base de baisse de taux en 2026, un scénario encore jugé optimiste par plusieurs membres du FOMC. Les rendements américains sont restés orientés à la hausse en fin de semaine, avec un taux à deux ans remonté vers 3,54 % et un dix ans stabilisé autour de 4,10–4,15 % !

Bonne semaine à tous