Lettre Hebdo des marchés semaine 02: Monopoly

Cross Asset : Politique américaine en première ligne

« Pas de caprices…on ne saute pas le plat pour aller au dessert. Tu finis ton Venezuela et après seulement tu pourras avoir ton Groenland» La maman de Donald T. 

Les marchés financiers ont vécu une semaine dominée par le retour brutal du risque, à la fois politique et géopolitique, dans un contexte où les fondamentaux économiques semblaient relégués au second plan. 

Aux États-Unis, les tensions institutionnelles ont marqué les esprits avec les attaques répétées de Donald Trump contre Jerome Powell : Les investisseurs commencent à intégrer cette dimension comme un paramètre de risque à part entière, au-delà des seules données économiques.

Parallèlement, les tensions au Moyen-Orient, et plus particulièrement autour de l’Iran, ont alimenté un mouvement spéculatif massif sur les marchés de l’énergie. Les menaces de sanctions, la rhétorique martiale de Washington et la perspective d’une confrontation ont entraîné une flambée du pétrole et surtout du gaz européen, dont le TTF a progressé de près de 35 % sur la semaine (perspective d’une vague de froid marquée en Europe attendue fin janvier). Ce mouvement rappelle la fragilité persistante du marché gazier européen, exposé aux aléas climatiques, géopolitiques et aux contraintes locales de production.

Dans ce contexte, les marchés actions ont évolué dans un couloir relativement étroit, masquant de forts arbitrages sectoriels. L’Europe s’est distinguée avec une progression hebdomadaire du Stoxx Europe 600, porté par les secteurs de l’énergie, des technologies, de la santé et des ressources de base. Les valeurs financières et immobilières ont également bénéficié d’un climat plus favorable. À l’inverse, la consommation discrétionnaire, l’automobile et certains segments de la chimie ont pâti des publications décevantes et de la flambée des coûts énergétiques. 

L’or a confirmé sa position de valeur refuge, atteignant un nouveau record historique au-dessus de 4 600 dollars l’once.

Le marché du crédit a montré une bonne capacité de résistance malgré le regain d’aversion pour le risque, avec un indice iTraxx Crossover — baromètre du crédit High Yield européen — resté stable, tandis que le High Yield américain s’est même légèrement resserré, profitant de la robustesse du marché domestique et de conditions de financement toujours attractives.

 

Change : Valeurs refuges sous haute tension

Les Américains ont vraiment toujours un coup d’avance en matière de business : Leur président vient tout simplement d’inventer le marché du prix Nobel d’occasion!

Le marché des changes a été animé par un retour marqué aux valeurs refuges. Le yen japonais, après avoir fortement déprécié en début de semaine, a connu un rebond significatif face au dollar et à l’euro, sous l’effet combiné des avertissements répétés des autorités japonaises et de la perspective d’élections anticipées. 

Le dollar, quant à lui, conserve une dynamique globalement favorable, soutenu par la solidité persistante de l’économie américaine. Toutefois, sa crédibilité est fragilisée par la politisation de la Fed, qui introduit un paramètre de risque inédit sur les marchés de change. 

L’euro a évolué dans un corridor étroit, oscillant autour de 1,16–1,17 face au billet vert, tout comme la livre sterling et le dollar australien qui ont connu des mouvements limités.

Les devises émergentes ont également été sensibles aux flux de carry et aux mesures de soutien locales : le peso mexicain bénéficie de flux de financement, le yuan reste surveillé en raison d’un fixing toujours restrictif de la Banque centrale (PBoC), et le dollar taïwanais profite du redressement de la “tech story” et de la baisse des droits de douane avec les États-Unis.

 

Taux : Entre prime politique et énergie !

Ma triste actualité personnelle m’amène à me demander pourquoi on dit “entre quatre planches” pour désigner un cercueil. Il en faudrait au minimum six. Quatre planches, ce n’est qu’un cadre… pas un cercueil.

La semaine illustre un marché des taux  où la macroéconomie cède progressivement le pas à la politique et à la géopolitique, avec un profil de risque désormais plus marqué sur l’institutionnel et le secteur de l’énergie que sur les fondamentaux classiques.

États-Unis, les rendements des Treasuries ont reflété la montée des risques institutionnels et géopolitiques, mais aussi la solidité persistante de l’économie. Malgré une inflation légèrement inférieure aux attentes, le marché du travail robuste et la dynamique de la production industrielle confirment la trajectoire de statu quo de la Fed, avec une première baisse de taux désormais repoussée à l’été. Le 10 ans américain termine ainsi la semaine autour de 4,20 %, avec une courbe des taux toujours marquée par un aplatissement sur les segments courts.

En zone euro, les flux refuges liés aux tensions iraniennes ont initialement soutenu les obligations souveraines, avant que la détente géopolitique et les mouvements de prix du gaz n’apportent une volatilité supplémentaire. Les rendements ont finalement évolué dans un corridor relativement stable, avec le Bund à 10 ans autour de 2,83 % et l’OAT 10 ans à 3,49 %. La demande primaire est restée soutenue, la France plaçant une OAT 20 ans largement sursouscrite, tandis que les spreads souverains (OAT-Bund) sont restés sous 70 pb. 

L’aplatissement des courbes Euro se maintient, reflétant  un marché attentif à la fois aux flux longs générés par la recherche de sécurité et aux pressions haussières locales, notamment liées à l’énergie et à la dynamique économique allemande et française.

Bonne semaine à tous